Editoriaux - Politique - 26 janvier 2019

Grand débat national : bonne nuit, les petits !

Le marchand de sable va passer

On leur avait dit d’arrêter de « faire de la pédagogie », que les Français ne sont pas des enfants et que la France n’est pas une école élémentaire. Mais c’est plus fort qu’eux. C’est, surtout, plus fort que Lui. Lui ? Emmanuel Macron, évidemment.

Jeudi, à Bourg-de-Péage, dans la Drôme, il s’est invité dans un débat du grand débat. Avec de vraies gens comme dans la vraie vie. Triés sur le volet ? On n’en sait rien. Disons, déjà, comme l’aurait dit M. de Lapalisse, que ceux qui n’avaient pas envie de se farcir un long monologue présidentiel ne sont pas venus. Ça doit éliminer pas mal de monde, quand même. La sélection naturelle a du bon ! Mais, disons-le, par convention de manœuvre, ces gens, c’était vous, nous, bref, des Français, les Français. Et Il nous a fait son show. Ça, on commence à être habitué et à se lasser. On a compris qu’il veut renouer le contact avec les Français, si tant est qu’il l’ait jamais eu (les meetings de campagne, façon show évangéliste, ça n’était pas vraiment la France qu’on retrouve depuis deux mois dans la rue).

Donc, faire accessible. Parler simplement. Parfois trivialement, pour ne pas dire plus. Est-ce pour autant qu’il faut parler aux Français de manière paternaliste ? “Les vraies réformes, elles vont avec la contrainte, les enfants”, s’exclame le Président pour expliquer qu’il a été élu démocratiquement et que, donc, il était tout à fait légitime pour appliquer son programme. Euh, dis-donc, Manu, t’es qui, toi, pour nous interpeller ainsi ? Même de Gaulle, qui avait passé l’âge d’entamer une carrière de dictateur lorsqu’il devint président de la République, ne s’adressera jamais ainsi aux Français. Question d’époque. D’éducation, peut-être, aussi. Il paraît qu’Emmanuel Macron n’est pas né avec une cuillère en or dans la bouche (c’est lui-même qu’il l’a dit durant cette séquence drômoise). Mais en argent, tout de même : son père ne poussait pas un wagonnet au fond d’une mine et sa mère ne s’épuisait pas à faire des lessives au lavoir par des moins dix l’hiver, puisque tous deux étaient médecins. Comme quoi la cuillère en argent ou en or ne fait pas tout en matière d’éducation. Loin de là, semble-t-il. Car est-ce bien élevé de s’adresser ainsi à ses compatriotes, dont certains pourraient être vos parents ?

Tiens, je pense à une chose, puisque j’évoquais le général de Gaulle (esprit d’escalier, es-tu là ?) : il me semble que la dernière fois qu’un chef de l’État a appelé les Français “enfants”, c’était le maréchal Pétain à l’occasion de la Noël 1940. “Serrez-vous, ce soir, autour de moi, pour que cette France, une France neuve et saine, grandisse et se fortifie… Bon Noël, mes enfants. Et vive la France !” Bon, Macron – pardon, Monsieur le Président de la République – n’a pas dit “mes enfants” mais “les enfants”. Nuance. C’est vrai. Il n’empêche, le mot est lâché. Et les enfants, ça fait quoi ? Des enfantillages. Donc, on est bien d’accord, les enfants, vous arrêtez votre chahut, vous vous mettez en pyjama, vous vous brossez les dents et je viens vous raconter une belle histoire avant que Nounours n’arrive avec le marchand de sable. Bonne nuit, les petits !

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