Gilets jaunes : doit-on sacrifier le luxe sur l’autel de la « justice » sociale ?

Dimanche dernier, des gilets jaunes ont organisé une action symbolique, boulevard Haussmann, aux Galeries Lafayette, afin de dénoncer les inégalités et condamner le luxe.

Si les revendications appelant à un meilleur équilibre social, à un souci plus concret du sort des plus pauvres, sont justifiées, en revanche, je trouve normal, légitime, nécessaire qu’il y ait des bracelets qui coûtent cinq fois le SMIC. Ce ne sont pas les quelques sous qui s’ajouteraient à nos salaires en distribuant l’argent redistribué qui résoudraient le problème social. Du reste, le sentiment de la « misère » est relatif et, nourri par les besoins que provoque une société d’abondance, il est à craindre qu’il ne soit inépuisable.

Pour moi, et pour Voltaire – pour n’en citer qu’un -, il faut des inégalités visibles, substantielles. Afin que les riches travaillent pour ne pas perdre leurs avantages (et beaucoup de « riches » travaillent beaucoup plus que les smicards !), et pour que les « pauvres » travaillent de même, pour avoir accès à un nombre appréciables de biens, « utiles » ou non.

Par ailleurs, ce bracelet est peut-être beau et s’avère-t-il même une œuvre d’orfèvrerie. La beauté, si elle se trouve dans la nature, et jouit, dans ce domaine, d’une certaine gratuité (à condition d’avoir la sensibilité et la culture qui permettent de s’en délecter), il est avéré que l’art, de tout temps, s’est acheté et vendu. S’en prendre au luxe, c’est, inévitablement, provoquer la barbarie. Combien a-t-on entendu de discours haineux contre ce que d’aucuns considéreraient comme le superflu ! Rousseau avait beau le vouer aux gémonies, il était amateur de musique et vivait des dons de gens qui appréciaient l’art et vivaient tous les jours de son rayonnement. Il n’existe pas de vraie civilisation sans cette beauté « inutile », qui donne du sel à l’existence. On pourrait vivre de patates et de nouilles, certes, sans fleurs ni tableaux, mais que serait cette vie ? Sans posséder cette richesse qui honore une époque, un siècle, un règne, il faut être heureux qu’elle existe. Qu’importe qu’elle soit possédée par certains ! Elle appartient néanmoins à tous, à la mémoire des siècles.

Les trésors qui sont mis à la disposition des citoyens dans les musées étaient, jadis, accaparés par des rois, des aristocrates, des bourgeois. Si on les avait brisés, fondus, vendus à l’encan, le monde en serait-il plus riche, matériellement et spirituellement ? Il existe d’autres combats, plus intelligents, que de haïr ce qu’on n’a pas. L’éducation, l’apprentissage de la beauté et de l’art, outre qu’ils réjouissent les cœurs, permettent de s’élever assez pour appréhender ce qu’est une société véritable, où la richesse joue son rôle, où la thésaurisation du beau ajoute du sens à notre condition d’humains périssables.

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