Pour que vous compreniez où vous allez mettre les pieds, commençons par une anecdote. Elle va peut-être vous révolter, mais, dans ce milieu-là, c’est assez banal.

Nous sommes en mars 2009, l’empire industriel Wendel est dans la tourmente. Des complots, une famille qui se déchire, et surtout un endettement colossal qui met en danger l’existence même de l’entreprise.

La confiance est rompue et les banques se détournent. Ernest-Antoine Seillière, qui préside Wendel, doit trouver rapidement un successeur au directeur général qui vient d’être débarqué.

Un impératif : il faut rassurer. Le choix se porte alors sur un ancien secrétaire général adjoint de la présidence de la République auprès de Jacques Chirac.

Énarque, inspecteur des finances, c’est un homme de réseaux et, surtout, un symbole du pantouflage à la française avec ses hauts naviguant entre public et privé.

Ministères, gros cabinets de conseil, secrétariat général de la présidence, son CV est intéressant.
Oui, mais voilà, son arrivée à la tête de Wendel se fait en plein psychodrame et certains auraient préféré un recrutement au sein de la famille. Alors, ils vont tenter d’en savoir plus sur cette recrue, chercher les failles.

Bingo, avec la rémunération. N’oublions pas dans quelle situation financière se trouve l’entreprise à l’époque, avec un résultat net en recul de 82 % sur l’année précédente.

Pas grave, le nouveau patron a obtenu un package d’environ 4 millions d’euros sur deux ans, révèle La Tribune. Et surtout - ce qui va très mal passer auprès de la famille actionnaire - un « welcome bonus » de 400.000 euros.

L’information ayant fuité dans la presse, le nouveau patron est obligé de rembourser le chèque encaissé tout en prétendant qu’en réalité, il avait refusé cette prime. Encaissé mais refusé ! De la communication de crise efficace et crédible.

Son poste à la tête de Wendel le conduit à côtoyer les clubs des élites mondialisées, et notamment le Forum de Davos. Et, comme Valérie Pécresse, il fréquente également le club très fermé Le Siècle, où se retrouve l’élite française des affaires, des et de la politique.

Il n’en sera pas moins débarqué à son tour de Wendel en 2017. Depuis, pas grand-chose, sinon le lancement d’un fonds d’investissement. Alors, pourquoi pas la pour se relancer ?

Un autre monde, me direz-vous, où se mêlent politique, finance et haute fonction publique. La d’en haut, bien éloignée de notre quotidien.

Mais, au fait, je parle, je parle, et je m’aperçois que je ne vous ai même pas dit son nom. Il s’agit de Frédéric Lemoine. Un ami de trente ans de Valérie Pécresse. Elle l’a nommé directeur en charge de son programme pour la présidentielle. Un « homme d’affaires d’inspiration libérale », nous dit Le Point, « chef d'orchestre de la centaine de “cerveaux” qui planchent au secret sur son projet ».

Intéressant car, après tout, si Valérie Pécresse se veut la « Dame du faire », il faut la prendre aux mots et donc s’intéresser moins à sa personnalité et plus à son projet. Et surtout à celui à qui elle l’a confié : dis-moi qui s’occupe de l’élaboration de ton programme, je te dirais qui tu es ?
Un « homme d’affaires », donc, car dans le fond, Pécresse n’a pas modifié le logiciel de cette droite anachronique qui continue à penser que c’est par les réformes économiques que se régleront l’ensemble de nos problèmes de société.

Macron, en 2017, annonçait une « révolution ». Pécresse répète comme un mantra sa « furieuse envie » de faire des réformes et Frédéric Lemoine dit la rejoindre « pour que les choses changent ». « Tout changer pour que rien ne change », la devise des élites libérales.

Le reste (l’immigration, la sécurité) fait partie de la cuisine électorale laissée à Patrick Stefanini pour ne pas perdre les LR « tendance Ciotti » sans lesquels elle ne peut l’emporter.

Le 8 février dernier, Le Point rapportait les propos d’un des « éminents participants » du dîner du Siècle. Ce membre de l’élite de l’élite s’amusait à l’évocation du match Pécresse – Macron : « Je connais très bien Emmanuel et Valérie depuis longtemps. Ils sont pro-Européens, pro-entreprise et efficaces. Pour ce qui me concerne et pour mes activités, que l'un ou l'autre remporte la présidentielle ne changera rien. »

Effectivement, pour les élites, ou Pécresse, ça ne changera rien. On avait compris.

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15 février 2022

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21 commentaires

  1. Après l’UMPS, LREM, Les Républicains En Marche.

    Mais, attention ! L’économie, gavée aux anabolisants de l’euro facile, n’est plus un sujet de clivage dans ce nouveau monde. Ce qui compte, c’est de tenir le peuple dans l’addiction à la drogue individualiste et assurer sa conversion au communautarisme et à la bien-pensance.

    La fin de la nation est leur programme. Leur projet.

  2. Le fameux siècle et le forum de Davos, une honte pour la démocratie car on vote mais « eux » ils décident… Je n’ai pas oublié la trahison de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, joli nom mais pas une homme de parole……Ces personnages ne devraient même pas exister.

  3. Mais si Ciotti ne parle pas d’immigration, de communautarisme, d’islamisme, et du schisme que ces catastrophes créent dans notre civilisation occidentale, pour le racolage de la droite, elle, Pécresse, s’en moque éperdument !
    Au contraire, depuis Sarkozy les LR et la gauche, donc la macronie, ces traîtres sont là pour les mettre en place par soumission à l’UE américaine !

  4. Il faut que tout change pour que rien ne change. C’est l’essence même du mot révolution. Pour un scientifique une révolution est le mouvement de rotation d’un corps autour d’un axe et qui part d’un point A pour y revenir.
    C’est curieusement ce même nom donné par les Francs-maçons à ce qui fût appelé la Révolution française. CQFD. Il fallait que tout change pour que rien ne change avec cependant au passage beaucoup de dommages collatéraux.

  5. Tout est dit, très bien résumé et vrai malheureusement. Je ne suis déjà pas sûr d’aller voter pour un second tour Macron MLP (plié d’avance et plus aucune confiance en MLP), alors un éventuel Macron Pecresse, abstention assurée en ce qui me concerne. Les pro Pecresse sont pourris, ou manquent de mémoire en plus d’être sourds et aveugles.

  6. Ce monsieur Lemoine ne se contente pas d’une robe de bure et des sandalettes de pèlerin.
    Avec son pedigree il vaut mieux avoir de l’ambition parce que ca demande du travail d’aller faire L’ENA.
    Que ce type sache se vendre c’est de bonne guerre, Tous les cadres vous le diront. Je ne vois pas dans ce parcours quoi que ce soit de sulfureux et malhonnête….
    un opportunisme bon chic bon genre est de bon aloi sous Macron…..

  7. Sincèrement, honnêtement, quel est l’intérêt pour ces gens-là de changer quoi que ce soit à un système économique et à un régime politique qui les a énormément et rapidement enrichis ?
    La générosité pour que le peuple s’enrichisse comme eux?
    Vous y croyez ?
    Arrêtons de rêver.
    Leur seul intérêt évidemment ne peut être que l’ambition du pouvoir absolu pour gérer de façon plus sûre l’avenir de leurs patrimoines et de leurs ressources dans un contexte politique sécurisé.

  8. Beaucoup de beau monde pour bâtir un « projet » pour un chef de gouvernement que le Président nommera pour autant que le peuple, s’étant ,prononcé à nouveau, avec d’autres modalités, il en découlera une Assemblée « compatible »…..
    Ce fuit le cas par trois fois…… la prochaine??

  9. Valérie Pécron a besoin d’un homme d’affaire ?
    Pourtant elle a un mari qui est très doué dans les affaires !
    Surtout celles d’Alstom !
    Cet homme d’affaires, à son Zénith, est sûrement très doué dans les enterrements de première classe en direct !

  10. La seule culture dans laquelle ces « élites » sont roi c’est dans le vol systématique de la population. C’est un apprentissage qui est distillé dans toutes ces grandes écoles y compris celles du commerce. Prendre les gens pour des imbéciles. Cela semble néanmoins bien fonctionner puisqu’ils y ont fait fortune et si on fait le compte il y a un matelas de 25 % de ces escrocs en col blanc qui nichent dans les grandes villes pour emmerder les Français toute l’année même s’ils sont en vacance.

    1.  » Prendre les gens pour des imbéciles. Cela semble néanmoins bien fonctionner puisqu’ils y ont fait fortune. » La première fortune de France (Liliane Bettencourt) s’est accumulée en vendant aux femmes de la poudre de perlimpinpin présentée comme fontaine de jouvence.

  11. Ces « élites » sorties de l’ENA ou Sciences Po sont des beaux parleurs qui donnent des consignes ou des ordres mais ne mettent jamais la main à la pâte, ils se contentent d’engranger des salaires injustifiés dans diverses entreprises ou services de l’état, ce ne sont rien d’autre que des parasites qui détruisent notre pays par la finance. Le discours minable de V.Pécresse préparé par un « homme d’affaires » en est la preuve et ce n’est pas en se victimisant qu’elle va redresser la barre.

  12. Marre de ses paniers à crabes, ils trempent tous dans la corruption, elle et son mari ont touchés aussi sur la vente d alstom, comment ces gens d un autre monde osent monter au créneaux , nous bercer de leurs promesses sans lendemain , nous donner des leçons, allez les français réveillez vous tirez la chasse que ces voyous disparaissent de notre paysage politique, votez massivement Zemmour, il est comme nous, il est parti de rien et il s en souvient

    1. Vous m’enlevez le mot de la bouche ! après avoir lu l’article je me suis écrié :  » quel panier de crabes ! « .

  13. Les étudiants sortant de l’ENA, (comme ceux de l’ENM, NormalSup ou Sciences-Po) se considèrent comme l’élite incontestable de la nation, Ils représentent donc une nouvelle aristocratie comme celle d’avant 1789. ils trustent tous les postes politiques et assimilés. ET pourtant, c’est depuis qu’ils ont pris le pouvoir que la France va mal (les années 70). Et leur manque certain d’humilité ainsi que leur dédain du peuple ne risquent pas de les faire se remettre en cause.

  14. Nous n’arrêtons pas de le dire, ce sont les mêmes!! la politique de l’un est l’exploitation de l’Homme par l’Homme, pour l’autre c’est le contraire.

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