Editoriaux - 19 avril 2019

Foire d’empoigne autour de Notre-Dame

Libération l’écrit avec humour : après l’incendie de Notre-Dame, les experts en restauration gothique se bousculent au portillon. En tant que docteur ès charpentes, Emmanuel Macron a immédiatement fixé la durée des travaux. À vue de nez : cinq ans. Un mois pour nettoyer, le reste pour le bricolage. Allez, on se retrousse les manches, les Jeux olympiques arrivent. Tout doit être prêt. Anne Hidalgo brûle d’impatience de voir passer les athlètes sous ses fenêtres. Le feu peut se propager à l’ensemble de l’Hôtel de Ville. Il y a urgence.

Reconstruire, mais comment ? La classe politique se livre à une foire d’empoigne. À droite mais aussi à gauche, on penche plutôt pour le respect intégral de l’œuvre originale, flèche de Viollet-le-Duc comprise. À gauche, mais aussi à droite, des voix se montrent plus nuancées. Cacophonie compréhensible après le traumatisme engendré par ce désastre…

De ce concert d’avis émerge la vision inquiétante du Président maître d’œuvre. Dans sa grande sagesse, le Quasimodo de l’Élysée a émis le souhait qu’un « geste architectural contemporain puisse être envisagé ». Aïe ! Les ennuis commencent. La terminologie « gestuelle » n’augure rien de bon. L’appel à « Concours international d’architecture » encore moins. Un architecte chinois peut surgir à tout moment avec une maquette de flèche gonflable, un artiste conceptuel débouler du fin fond de l’Ouzbékistan tenant dans ses bras un pot de fleur géant à poser sur le toit, sans parler du fameux Christo qui aura eu l’idée, ô surprise, d’emballer intégralement le monument.

Dans cette volonté de reconstruction, les manifestations absconses dudit « contemporain » nous indiquent une seule chose : éviter le geste. À tout prix ! Même tout petit. Pas la moindre oscillation. Aucun battement d’aile. Arrière, Christo, vade retro satanas, McCarthy ! Au diable, Koons ! Interdits dans un rayon de 2.000 km autour de Notre-Dame !

Dans les colonnes du Figaro, l’architecte Jean Nouvel fait part d’une pondération qui tendrait à rassurer sur ses intentions dans l’éventualité où l’État ferait à appel à ses talents : « La flèche de Viollet-le-Duc était un geste fort et signifiant, déjà, à son époque. Elle fait partie des choses intangibles de la cathédrale. » Un peu de calme dans ce monde de rénovateurs de cathédrales en 24 heures chrono : « Il faut laisser le temps aux historiens et aux experts de se prononcer sur l’avenir du monument. » Et d’ajouter que seules les conclusions de ceux-ci détermineront si le délai de cinq ans est réaliste. Des propos qui glacent le sang du Président bâtisseur. Une restauration achevée au-delà de la date fatidique de 2024 verrait Anne Hidalgo réduite à un tas de cendres. Restauration impossible. La catastrophe.

Conscient de cette échéance impérieuse, Jack Lang a émis le souhait d’une remise en état du bâtiment en trois ans et demi (d’après Libération). Les surenchères sont ouvertes. Le maire de Paris peut faire office de flèche. Elle n’a pas le vertige. Jack Lang a les qualités requises pour remplacer le coq en attendant que l’original soit réparé. L’ensemble peut faire illusion durant les Jeux olympiques. Et d’un contemporain !

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