Editoriaux - Politique - Religion - Société - 8 juin 2018

Féminisme et antiracisme : les nouvelles religions ?

À en croire les professionnelles de la profession, le féminisme serait une lutte de tous les jours. Ainsi, l’association Osez le féminisme ! vient-elle de lancer une énième campagne visant à donner des noms de fille aux stations de métro allant bientôt relier Bagneux à Montrouge ; avec une prédilection pour Nina Simone, chanteuse de blues, noire, féministe et éternellement révoltée contre la domination blanche ou masculine. Une lutte de tous les jours, donc. Une lutte sans fin, de fait.

Et c’est là qu’est le problème, tel que souvent : dans la subversion des mots. Traditionnellement, une lutte, quelles que soient ses motivations, est censée atteindre des objectifs précis. En matière militaire, il s’agira de faire tomber une forteresse tenue par l’ennemi. Dans le registre social, le but consistera à obtenir une augmentation. Mais qui dit « objectif précis » signifie que si la lutte en question a un début, elle a également une fin, une fois la place forte soumise et le salaire remis au niveau souhaité.

Les luttes féministes d’antan participaient du même processus. L’avortement devait être légalisé ? Il le fut, au même titre que la contraception, quelques années auparavant. Aux USA, le combat antiraciste des Afro-Américains se concevait tant qu’il s’agissait d’obtenir une égalité formelle des droits les plus élémentaires : fin des toilettes séparées, libre accès de tout un chacun dans des restaurants jusqu’alors interdits, et surtout droit de vote – quitte à apporter, ensuite, son suffrage à Donald Trump ou à Barack Obama.

Leurs lointains descendants, que ce soit dans le féminisme ou l’antiracisme, participent d’une tout autre logique, puisque militant pour une quête sans fin nous faisant quitter le champ du politique pour celui du religieux ; soit une sorte de sainteté, inaccessible par nature pour les pauvres de nous autres, même s’il n’est pas forcément interdit d’y tendre, objecteraient les curés. Bref, certaines et certains tentent de nous vendre une de ces parousies, naguère propres aux religions, mais depuis recyclées par ces cultes modernes que furent ou sont communisme et libéralisme. Dans un cas, la société sans classe était censée amener l’âge d’or prochain ; dans l’autre, une concurrence parfaite et une liberté sans limites se chargeront des lendemains chantants.

Le néo-féminisme et l’actuel antiracisme participent d’un semblable processus. Pourtant, dans nos sociétés, l’égalité administrative des sexes est globalement acquise, ce que confirment des féministes telles qu’Élisabeth Lévy ou Catherine Deneuve ; tout comme celle des races : un Malek Boutih ou un Harlem Désir, jadis assez militants sur le sujet, n’iront pas prétendre le contraire. En un mot comme en cent, ils ont gagné. Ce qui n’empêche pas leurs successeurs, au lieu de fêter la paix (conquise ou retrouvée), de nous entraîner dans une guerre perpétuelle dont la finalité demeure des plus obscures.

Les actuels pyromanes n’en ont pas la moindre idée et ne semblent même pas se rendre compte de l’ampleur des feux dont ils attisent les braises, quand ils n’y jettent tout simplement pas de l’huile.

Voilà qui est assez symptomatique du comportement de ces gosses de riches mal élevés qui, ayant échoué à faire la révolution sociale, se recyclent aujourd’hui dans celle des mœurs. Dans les grandes jacqueries de jadis, il y avait des coups à prendre. Dans les révolutions contemporaines, le seul risque consiste à savoir si ce sera un sucre ou deux dans le thé. D’Angela Davis à Max Havelaar, on a les révoltes qu’on peut. Et poussez la religion par la grande porte et elle revient par l’entrée des artistes…

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