Editoriaux - Polémiques - Politique - 2 juillet 2019

Extension Rebellion : des images choquantes ? Posons plutôt les bonnes questions

Propulsées par les réseaux sociaux, ces images ont fait le tour du monde. Ces images, ce sont celles de l’évacuation musclée, par les CRS, de militants du mouvement écologiste Extension Rebellion qui, vendredi dernier, ont bloqué illégalement le pont de Sully à Paris. Et, comme souvent dans ces circonstances, le choc des photos a fait son office, victimisant des manifestants qui n’en demandaient pas tant. Il n’est, bien sûr, pas question de cautionner sans réserve la méthode employée par les forces de l’ordre. Toutefois, il n’est pas non plus interdit de s’interroger sur ce qui est susceptible de se cacher derrière les images.

Le mouvement Extension Rebellion (XR) est né en Angleterre en 2018. Il compte, aujourd’hui, en France, 7.000 militants et sympathisants environ. Dès le départ, XR s’est fait remarquer par ses actions spectaculaires. C’est ainsi qu’en octobre 2018, le mouvement à peine lancé parvenait à réunir 5.000 personnes et organisait le blocage de cinq ponts londoniens. Cette organisation, qui n’a rien de spontané, mais qui a germé dans les réseaux sociaux écologistes, porte quatre revendications principales : dire la « vérité » sur la réalité du changement climatique et l’effondrement de la biodiversité, atteindre la neutralité carbone en 2025, mettre fin à la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres et installer une assemblée citoyenne pour mettre en place ces mesures. Pour parvenir à ses fins, Extinction Rebellion prône, notamment, la désobéissance civile associée à la non-violence. En précisant, toutefois, que celle-ci peut aller jusqu’à l’infraction à la loi, tout en assumant le fait d’aller en prison. Enfin, certains responsables de XR n’excluent pas le recours, au besoin, à des actions plus radicales.

Premier constat, les manifestants du pont de Sully, qui par ailleurs participaient à une manifestation illégale car n’ayant pas respecté les modalités de son déroulement, sont loin d’être des militants anodins. Leur opération de blocage était préméditée et leur intention de ne pas respecter la loi également. Dès lors, l’intervention des forces de l’ordre était inéluctable. C’est ainsi qu’après avoir suivi la procédure des sommations et tenté de « déplacer » les manifestants sans recourir à la force, les policiers présents sur place ont reçu l’ordre de faire usage de gaz lacrymogènes. Et afin de ne blesser personne, d’utiliser des sprays plutôt que des grenades. Sans doute d’autres moyens existaient-ils. Ainsi, un véhicule lanceur d’eau aurait-il été plus approprié à cette situation. Encore que l’usage d’un tel engin reste, lui aussi, susceptible de provoquer des blessures. Autre solution : laisser le sit-in se faire et mettre en place une déviation afin d’éviter tout blocage de la circulation. Le choix des solutions appartenait aux responsables du maintien de l’ordre ce jour-là. Ils n’ont peut-être pas choisi la meilleure.

Quoi qu’il en soit, cet événement révèle une nouvelle fois la nécessité urgente qu’il y a à remettre en place une doctrine du maintien de l’ordre adaptée aux temps troublés que nous vivons. Plus nombreuses, plus violentes, de moins en moins prévisibles et rarement négociées, les manifestations vont occuper, dans les années à venir, une place importante dans l’expression de notre démocratie. Lassé de n’être pas entendu, mal voire pas représenté par des syndicats et des partis politiques disqualifiés, le peuple n’hésite plus à s’emparer des grands dossiers pour aller faire entendre sa voix dans la rue. Le mouvement des gilets jaunes, le premier, a anticipé cette tendance. L’écologie, sous la pression des événements climatiques, ne fera que se radicaliser. Le problème reste que, manifestement, nos dirigeants n’ont encore pas pris la mesure de ces bouleversements irréversibles.

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