80.000.000 de comptes enregistrés, plus d’un million de créateurs de contenus. Contre 25.000.000 et 350.000 créateurs de comptes… en septembre dernier. 250.000 nouveaux utilisateurs chaque jour, 1.500.000 messages échangés chaque jour. De quel réseau s’agit-il ? De la plate-forme Internet britannique OnlyFans.

Son principe de fonctionnement est simple : les « créateurs » profitent de la plate-forme OnlyFans pour mettre en ligne des images ou des vidéos dont l’accès est payant, via un abonnement mensuel, variant de 4,99 à 49,99 dollars. Seule, et immense, différence avec d’autres réseaux sociaux : il n’y a aucune limite, ni dans le trash, ni dans le sexe, ni dans la . La nudité n’est jamais censurée. Vous aurez compris : OnlyFans est la nouvelle star des plates-formes porno du Web, et ce ne sont pas les quelques vidéos de coaching, fitness et autres cours de cuisine qui masqueront ce que les pratiquants d’OnlyFans viennent exclusivement y chercher : du sexe virtuel.

Soit un enfermement au carré

Une progression de 75 % pour les nouvelles inscriptions depuis le début du : dans cette période maudite où l’État a sommé la population de rester enfermée, sans contact ni sociaux, ni familiaux, ni professionnels, remplaçant ceux-ci par le tout virtuel – apéros zoom, réunions zoom, cours à distance -, nombreux sont ceux qui, en désespoir de solitude, se sont laissés entraîner vers une nouvelle addiction, une des plus puissantes qui soient.

Les principales cibles, et victimes : les , donc, aussi bien les « consommateurs » que ceux qui proposent des contenus. Ainsi, en l’absence de toute vie extérieure, lors de cet âge d’or qu’est la tranche 18-25 ans où, normalement, dans la vie réelle, se multiplient et se répondent rencontres, occasions et projets d’avenir, une personne jeune et peu structurée par une époque qui n’est que l’aboutissement du libertarisme soixante-huitard peut tomber dans l’addiction au porno grâce à une plate-forme comme OnlyFans.

Et constituant ainsi, chez les usagers, un facteur aggravant de dégradation de la mentale, car « regarder des films pornographiques multiplie considérablement les risques de conduite autodestructrices, cigarettes, alcool et suicide. Aussi bien chez les filles que chez les garçons, ce risque est amplifié si la consommation d’images est fréquente et répétée », dit Marie Choquet, directrice de recherche à l’INSERM (Le Figaro étudiant, 2017).

Sans parler de la dégradation morale d’une personne qui, en quelque sorte, « désapprend » à aimer.

L’une des clés de cette addiction : des contenus « personnalisés » car payants, singeant misérablement une relation normale : « J’aime cette proximité même si j’ai conscience qu’elle est un peu factice, avoue Emmanuel, qui reconnaît dépenser plusieurs centaines d’euros chaque mois sur le site. C’est comme s’offrir un cadeau. […] Là, c’est un peu du sur-mesure, un petit luxe qui vous donne la sensation d’être différent. Même si je sais que cette relation est purement virtuelle. » Marc, lui, explique que fréquenter OnlyFans, « c’est comme un rendez-vous, les filles que je soutiens publient régulièrement des choses différentes, je finis par bien les connaître. Parfois, je leur demande une prestation plus personnelle et je paie pour cela. Cela me paraît normal. Il y a un côté un peu addictif, on s’attache, comme dans une relation » (Le Parisien).

De l’autre côté de cette barrière virtuelle, il y a ceux qui publient des contenus : même si la plupart sont des prostituées ayant émigré de la rue au réseau virtuel – rappelons que la plate-forme, leur nouveau mac, leur prend 20 % de leurs gains -, on y trouve aussi des photos de très jeunes filles, ainsi que le révélait récemment un reportage de la BBC. La a encore de beaux jours devant elle.

On y trouve également des étudiantes ayant besoin de boucler leurs fins de mois… Bref, les bas-fonds de la misère humaine, sociale et économique, exploitée par ce que le capitalisme peut donner de pire. Enfin, si 96 % des personnes qui postent des « contenus » sont des femmes, 97 % de celles qui les regardent sont des hommes. Mais où sont donc passées les féministes ?

9 février 2021

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