Editoriaux - Politique - 28 mai 2019

Européennes : surprises et leçons du vote d’outre-mer

Si les résultats nationaux des élections européennes ont été largement commentés, de même que certaines anomalies observées à l’échelle locale, notamment le fait que des départements réputés catholiques, comme la Vendée ou les Yvelines, ont très peu voté pour François-Xavier Bellamy, aucun média « mainstream » ne s’est attardé sur le vote des cinq départements d’outre-mer. C’est pourtant là que le dépouillement fut le plus riche d’enseignements.

Ainsi, dans les deux départements français des Antilles, le score du Rassemblement national a été multiplié par trois depuis les européennes de 2014, passant de 5 à 16 % des voix en Martinique, et de 8,7 à 23,7 % en Guadeloupe, un score quasi identique à celui de la France métropolitaine. Mais poursuivons notre croisière électorale juqu’en Guyane : Jordan Bardella y obtient un score de 27,5 % des voix. Quittons les rives américaines de l’Atlantique pour nous transporter à 12.000 km, dans l’océan Indien : à La Réunion, le RN dépasse les 30 % et à Mayotte, où la population est principalement issue d’ethnies africaines et malgaches et où 95 % des citoyens sont de tradition musulmane, Bardella obtient 45 % des voix, contre à peine 5 % il y a cinq ans.

Comment expliquer un tel paradoxe ?

Alors que la population mahoraise avait fondé de grands espoirs au moment de la départementalisation de leurs îles en 2011, la vie s’est fortement dégradée sous l’effet d’une submersion migratoire en provenance des Comores. La proportion de clandestins est bien plus importante à Mamoudzou qu’à Calais et le chaos s’est installé : que l’on soit blanc ou noir, chrétien, athée ou musulman, on n’apprécie guère de voir son cadre de vie radicalement transformé et sa sécurité économique ou physique menacée. En Guyane et en Guadeloupe, les flux d’immigrés en provenance du Surinam ou d’Haïti génèrent également de fortes tensions.

Mais ce n’est pas tout : à la question migratoire s’ajoute la question sociale. Dans toute la France d’outre-mer, la pauvreté, la dégradation des services publics, le sentiment de déclassement et l’invisibilité politique sont particulièrement accentués. La France ultra-périphérique est, par excellence, la France gilets jaunes ; le mouvement social y est, d’ailleurs, très suivi dans une indifférence et un mépris à peu près total du pouvoir.

L’analyse du vote d’outre-mer confirme ainsi l’analyse du vote versaillais : la bourgeoisie, fût-elle catholique, se retrouve de plus en plus dans le projet d’Emmanuel Macron, tandis que les classes populaires, fussent-elles d’origine africaine, se reconnaissent de plus en plus dans le projet du RN ; la nouvelle bipolarisation de la vie politique française témoigne, avant tout, du retour de la lutte des classes et le rejet de la politique migratoire ultralibérale relève bien plus du protectionnisme que du racisme. CQFD.

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