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Editoriaux - Politique - 20 avril 2020

Et si on sortait des théories du complot ?

Si M. Macron a fixé au lundi 11 mai la fin probable du confinement, c’est par… référence à une fête juive, celle du Lag Baomer ! Quant au virus Covid-19, il a été inventé pour permettre la création d’un gouvernement mondial dont la capitale sera Jérusalem ! Et pour liquider les classes moyennes… Voilà ce que l’on peut parfois découvrir sur Internet.

À la base des théories complotistes, il est rare qu’il n’y ait pas des fragments de vérité. Il est exact que des dirigeants convaincus des bienfaits du mondialisme souhaitent un gouvernement mondial et une police mondiale. C’est d’autant moins complotiste qu’ils l’ont écrit, et que des ébauches de réalisation existent. Qu’est-ce que l’OMS et le FMI et la Banque mondiale, sinon des ébauches de cela ? Et il est effectivement probable que les classes moyennes vont payer l’addition du confinement, plus que les très pauvres, uniquement en situation d’assistance, et beaucoup plus que les très riches.

Mais un fragment de vérité n’est pas une vérité. Autrement, il faudrait donner raison à tous les délires paranoïaques. Ce qui est plus intéressant que de relever des coïncidences, dont on peut toujours penser qu’elles sont, ou pas, fortuites, c’est de comprendre les logiques de chacun. Celles-ci sont moins des manœuvres fomentées par les acteurs que les tendances dans lesquelles sont pris ces acteurs eux-mêmes. Que M. Macron, qui n’est pas un idiot, ait sans doute compris que l’oubli des principes élémentaires de protection de la nation était à l’origine de notre sanitaire, mais aussi de notre identitaire, et de notre sociale, c’est fort possible. Mais il est pris dans une logique, qui est la seule logique intellectuelle qu’il ait jamais pratiquée, et qui est la logique de tout son milieu social et culturel. Il faut le savoir, sans perdre son temps à le lui reprocher.

C’est pour cela que ses réflexions, même éventuellement sincères (ce qui ne veut rien dire, en politique), n’engagent que ceux qui les écoutent. « Macron est prisonnier de son schéma mondialiste », confie dans un entretien à Valeurs actuelles. Bien sûr. De même que la grande majorité des écologistes produisent des analyses convaincantes sur nombre de sujets, sauf sur l’immigration, domaine où ils refusent toute décroissance et toute relocalisation, M. Macron est trop formé aux principes de l’économie financiarisée pour en imaginer une autre. Il ne faut pas voir cela comme un complot, ce qui serait rester à la surface des choses, mais comme une logique, ou comme une pente. « On tombe toujours du côté où l’on penche », écrivait Alexandre Dumas. C’est pour cela, et non pour des raisons morales, qu’il faut à la France des équipes qui penchent d’un autre côté. Il y a, en effet, deux tendances dominantes chez les hommes qui gouvernent : la paresse et la bêtise.

La paresse amène à chercher des solutions dans le magasin de celles qui ont déjà été expérimentées. « Relance budgétaire », « travailler plus », « rouvrir les frontières pour plus de main-d’œuvre immigrée », « être plus compétitif à l’exportation »… La bêtise consiste à penser que ce qui nous a amenés à l’échec pourrait réussir. Exemple : l’hôpital. Certains pensent que c’est uniquement parce qu’on n’a pas assez géré l’hôpital comme une entreprise privée qu’il n’est pas efficace, car le seul modèle de gestion qu’ils connaissent, c’est la rentabilité. C’est de la paresse. Et c’est aussi de la bêtise, consistant à penser qu’une protection collective relève de la même logique qu’une assurance privée. Paresse et bêtise s’appuient l’une l’autre. Et avouons que c’est vieux comme le monde.

Une chose est sûre : ce n’est pas en se mettant, le « jour d’après », à « travailler plus », le nez dans le guidon, sans se poser une seule question sur le pourquoi de notre travail, sur ce que nous produisons, et pour le vendre à qui, que nous éviterons d’autres crises, voire des crises de plus en plus graves, dont nous nous remettrons. Ou pas.

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