Editoriaux - Politique - 4 septembre 2018

Et maintenant, Laura Flessel…

Hulot, Bern – qui, certes, n’est pas ministre et n’a pas démissionné – et, maintenant, Flessel. Sale temps pour Emmanuel Macron. À quelques heures de l’annonce du remaniement ministériel. On ne connaît pas, à cette heure, les vraies raisons de la démission du ministre des Sports, mais le coup est dur pour le président de la République. Pour des “raisons personnelles”, a déclaré l’ancienne championne olympique. Cela veut tout et ne rien dire, “raisons personnelles”. A-t-elle anticipé sa non-reconduction au gouvernement ? Est-ce la baisse de son budget en 2019 – moins 6 % – ou bien, tout simplement parce que, au fond, elle ne se sentait pas à la hauteur ? Avouons qu’on a vu de bien pires ministres.

Peu importe, finalement, les raisons de cette démission. Car par cette annonce, en anticipant celle que fera le secrétaire général de l’Élysée sur le perron du Palais, Laura Flessel polarise les projecteurs sur sa personne et grille la politesse au président de la République. L’habillage des communiqués de presse n’y fera rien – on parle, à cette heure, de courtoisie faite au ministre démissionnaire. Que de délicatesse ! Pas de coup de Jarnac, donc, de la part de l’escrimeuse. Mettons.

Mais au-delà de la personnalité de Laura Flessel, un des ministres les plus populaires du désormais agonisant gouvernement Philippe, cet événement met cruellement en lumière les fragilités d’Emmanuel Macron et de la Macronie. Le président le plus mal élu de la Ve République avait raflé la mise, en 2017, sur un coup de bluff et un malentendu. Beaucoup de Français n’avaient vu que l’homme bien fait de sa personne, jeune et sportif. Il avait réussi à mettre un pied dans la porte de la France, en particulier chez les retraités, tel un vendeur de savonnettes ou d’encyclopédies. Il parlait tellement bien ! Ils avaient signé – pour ceux qui avaient signé – les yeux fermés et, un beau matin, ils avaient découvert les clauses écrites en petit, notamment concernant l’augmentation de la CSG sans réelle contrepartie. Des candidats aux législatives improbables, “castés” à la va-vite, avaient passé la tête dans le trou du décor pour la photo, comme à la fête foraine autrefois, et s’étaient retrouvés un beau matin au palais Bourbon à faire la claque. Heureusement, on leur avait dit quand il fallait dire oui, quand il fallait dire non. Leur légitimité ? Ils la tenaient du Président seul. Leur poids politique ? Pour la plupart, égal à zéro.

Et les ministres ? Des recasés du socialisme, plus proches du dépôt de bilan que de leur première carte au PS, quelques traîtres de comédie raflés aux Républicains et des têtes de gondole médiatiques comme Nicolas Hulot ou Laura Flessel, qui viennent de retourner à leurs études. Les autres ? Des technocrates et quelques zozos issus de la « société civile », histoire de donner l’image d’un gouvernement 2.0. Le gouvernement, en réalité, n’est pas à Matignon mais à l’Élysée. Sans doute comme jamais. Tout vient de Lui. Tout est pour Lui. Aussi, lorsque ça cafouille comme ça cafouille depuis plusieurs semaines, c’est Lui, et Lui seul, qui est en cause et se révèle tel qu’il est : au fond, un Président assez médiocre. La com’ montre ses limites. Aujourd’hui, c’est un coup de Jarnac. Viendra, forcément, la botte de Nevers…

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