La nomination du très médiatique avocat à la fonction de garde des Sceaux avait fait se hérisser la corporation des juges, se satisfaire l’ordre des avocats, se contenter les prisonniers dans un ramdam de casseroles et, à juste titre, se tordre le nez aux partisans du Rassemblement national.

C’est que ce ténor du barreau a une voix qui porte haut et fort. Une telle grande gueule ne peut contenir une langue de bois. Il aura beau revêtir l’habit de la fonction, ses déclarations antérieures lui colleront aux basques… pour le plus grand plaisir des observateurs du Grand Guignol politique. Après avoir été traité de misogyne, nous parierons sans trop de risques qu’il soit bientôt propulsé dans les ténèbres extérieures de la fachosphère par les minorités agissantes. Pourquoi tant de haine ? A-t-il chassé, dépecé et tanné la fourrure de l’hermine qui ornait le col de son épitoge ?

Une révélation foudroyante vient de déchirer le ciel de Jupiter. Dans une préface d’Un chasseur en campagne – le livre du président de la Fédération nationale des chasseurs -, le Grand Maître se révèle en grand Tartarin plutôt qu’en chasseur de bartavelles cendrées. On ne peut pas résister au plaisir de le citer. « Quand sur un arrêt de mon setter irlandais je tue un perdreau, je n’ai pas honte ; et quand je me délecte de la chair de l’oiseau accompagnée de choux, je n’ai pas honte » – cela nous rappelle François Mitterrand dégustant ses ortolans à Latché. Et aussi : « Ce livre, il est fait pour que les chasseurs relèvent la tête. » Et pour finir : « Ce livre, les ayatollahs de l’écologie s’en serviront pour allumer le barbecue où ils cuiront leurs steaks de soja. » On reconnaît bien là le style féroce du grand orateur qui, pourtant, aimait avoir aussi dans sa ligne de mire notre coq gaulois devenu poule mouillée.

Sans aller jusqu’à dire que l’ennemi de mes ennemis est devenu mon ami, remonte dans mon estime. Quand on observe un tel panache très incorrect – ce qui se fait si rare dans une époque édulcorée -, il faut parfois s’efforcer de sortir du sectarisme politique qui ne traite de la complexité des hommes qu’avec des a priori dogmatiques. De surcroît, il est quand même amusant de découvrir qu’un homme issu du peuple et héraut de la gauche s’adonne à une activité emblématique de la noblesse : la chasse au faucon. À quand la chasse à courre avec les grandes fortunes de France ? Serait-il un progressiste enraciné ?

Éric Dupond-Moretti est un chien fou dans un jeu de quilles, voire un éléphant dans un magasin de porcelaine. Dans ce casting à haut risque, le « en même temps » macronien a de grandes chances de finir écartelé. On imagine avec délices ce trublion cohabiter avec Barbara Pompili, notre délicat ministre de l’Écologie. On ne peut tout de même pas croire qu’il pense à sa consœur quand il s’attaque aux défenseurs de la cause animale qu’il qualifié d’« illuminés et d’intégristes coupables d’extrémisme et de dogmatisme aveugle ».

Son avenir possible : se faire entarter d’un flan à la pastèque.

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