Economie - Editoriaux - 25 juillet 2018

En marche vers la tiers-mondisation du réseau routier français

À propos des 80 km/h, la vérité éclate enfin au grand jour grâce à un audit réalisé par deux bureaux d’étude suisses. Ah, ce souci de vérité, d’exactitude, d’honnêteté de ces voisins suisses qui osent même, oh là là, demander l’avis du peuple sur les questions importantes pour le peuple ! C’est fou, ça !

La vérité sort donc d’un puits suisse : selon les travaux de ces bureaux d’étude, commandés par la Direction des infrastructures de transport, le réseau routier national français non concédé, c’est-à-dire les 12.000 kilomètres d’autoroutes et de routes nationales gérés par l’État, est plutôt mal en point : 17 % du réseau national présente un état de dégradation plus ou moins important et 7 % des routes nécessitent des travaux de rénovation.

Pour les auteurs de l’audit, cet état est dû à « un sous-investissement chronique en matière d’entretien routier ». Quelle surprise !

Et moi, je comprends, enfin, la vraie raison de la limitation à 80 km/h : ce sont les nids-de-poule. À 80, les véhicules s’envolent moins haut qu’à 90 et les nids-de-poule se creusent moins vite. Génial, il fallait y penser ! Comme tous ces ingénieurs sont ingénieux ! Et puis, le public s’en aperçoit moins.

Plus sérieusement, l’État devrait investir un milliard d’euros par an d’ici à 2037 pour que les routes restent praticables. Pierre de Thé, porte-parole de la Fédération des routes de France, précise : “Il faut que l’argent des routes revienne à l’entretien des routes. Les investissements, tous intervenants confondus, sont passés de 15,5 milliards en 2010 à 12 en 2017″/em>, explique-t-il au Journal du dimanche.

Les investissements – tout est là. L’État investit moins. Et, en même temps, comme dirait Macron, les collectivités, départements en particulier, ont été durement mises à contribution par le tour de passe-passe de la départementalisation de bien des grands axes nationaux.

L’audit effectué est encore plus alarmiste pour les ponts routiers, car ses auteurs estiment qu’« aucun scénario ne permet le maintien de l’état actuel du parc d’ici vingt ans ». Sur les 12.000 ponts présents sur le réseau national non concédé, un tiers nécessitent des réparations. « En France, un pont par jour disparaît de la liste des ponts sécurisés. »

La tiers-mondisation de la France serait-elle « en marche » ?

À lire aussi

Les évêques de France ont choisi le 10 novembre pour défendre le « foulard » islamique : bravo, Messeigneurs !

Le président de la Conférence des évêques, Éric de Moulins-Beaufort, a regretté, dimanche …