Une vaste enquête rendue publique ce mardi 23 novembre dévoile une défiance croissante des Français pour l’Assemblée nationale. Emmanuelle Ménard, députée de l’Hérault, ne semble pas étonnée de ces chiffres : pour elle, l’Assemblée nationale ne constitue plus un contre-pouvoir car les élections législatives donnent souvent une majorité importante au président de la République. En revanche, le Sénat réussit à jouer ce rôle de contre-pouvoir car il n’est pas de la même majorité que l’Assemblée.

Emmanuelle Ménard s’explique au micro de Boulevard Voltaire.

 

Un sondage est sorti et montre les Français en désamour de leurs députés et de l’Assemblée nationale. Quelle est votre réaction ?

Je suis désolée et moyennement surprise de ces chiffres. Lorsque vous êtes sur le terrain et dans votre circonscription, et j’essaye de l’être au maximum, ce sont des remarques faites régulièrement. Elles ne s’adressent pas à moi personnellement, c’est plutôt l’Assemblée nationale en tant qu’institution qui est désavouée. Je ne me satisfait pas du chiffre d’un Français sur deux satisfait de son député. C’est trop peu et j’espère que plus d’un Biterrois sur deux est satisfait de mon travail. Je ne suis pas très étonnée, car actuellement, l’Assemblée nationale fonctionne plus comme une chambre d’enregistrement que comme un véritable contre-pouvoir. Il y a toujours l’effet dévastateur des images d’un hémicycle quasiment vide, qui sont catastrophiques pour l’image de l’Assemblée nationale et des députés.

Tout le long de ce quinquennat, l’opposition a critiqué cette assemblée nationale transformée en chambre d’enregistrement. C’était un peu le cas avant et ça s’est renforcé avec Emmanuel Macron, est-ce cela le problème ?

C’est une partie du problème. Tout cela vient du fait que les élections législatives ont lieu juste après la présidentielle, donc elles donnent une majorité importante au Président élu. Passer du septennat au quinquennat présidentiel donne au Président de la république la même longueur de mandat que les députés ; il n’y a donc pas de changement en cours de route et de nouvelles élections avec la possibilité d’avoir un contre-pouvoir élu en cours de mandat présidentiel. C’est un problème et c’est une des raisons pour lesquelles l’assemblée est déconsidérée.

Effectivement, Monsieur Macron a sa majorité qui est écrasante, même s’il en a perdu en cours de route. Certains députés sont partis, mais dans des formations politiques amies. Il est rare de voir un député MoDem ou Agir opposé à un projet de loi du gouvernement. Quand l’opposition est plus nombreuses dans l’hémicycle ou lorsque quelques députés de la majorité de manière très rare s’opposent à une décision du gouvernement, ce dernier fait revoter la disposition qui ne lui plaît pas. Les droits des parlementaires sont complètement bafoués. Les Français voient donc assez peu l’utilité de notre assemblée. Ils pensent que le Sénat est tout aussi inutile que nous. J’ai une autre vision, car durant cette mandature, le Sénat qui n’a pas la même majorité que l’Assemblée nationale a réussi à jouer son rôle de contre-pouvoir. On l’a vu, pour la première fois de manière éclatante, lors de l’affaire Benalla, où seul le Sénat a fait une enquête convenable, contrairement à l’Assemblée nationale qui était le petit doigt sur la couture du pantalon.

 

Votre collègue Daniel Fasquelle a mis en cause la fin du cumul des mandats, disant que les députés n’ayant pas de mandats locaux étaient coupés de leurs racines territoriales. Entendez-vous cette remarque ?

Il n’est plus député, il est maire du Touquet.
En 2017 j’ai remarqué que les députés qui avaient le plus le sens des réalités et se trouvaient proches des problèmes rencontrés tous les jours sur le terrain étaient ceux qui avaient été maires auparavant. De mon côté je n’ai pas ce problème là car j’ai la chance d’avoir des informations à ma disposition grâce à Robert Ménard le maire de Beziers qui est mon mari. Je peux étudier les textes de loi avec cette réalité de terrain à l’esprit.

Quand certains députés proposent des choses complètement hors-sol, on se dit que le cumul des mandats avait du bon. Je comprends que les Français en aient marre. Pour nous, le cumul des mandats peut être un avantage pour coller au plus près des problèmes de la circonscription que l’on représente, mais dans la tête des Français, c’est aussi le cumul des indemnités. S’il devait y avoir à nouveau des dérogations à cette interdiction du cumul des mandats, cela ne voudrait pas dire cumul des indemnités, les Français ne le comprendraient pas.

 

25 novembre 2021

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