Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 4 septembre 2018

Emmanuelle Ménard : “Avec Richard Ferrand, ça va être le sectarisme en marche !”

Après des démissions en cascade au gouvernement, on apprend que François de Rugy quitte le perchoir pour remplacer Nicolas Hulot. Emmanuelle Ménard exprime sa surprise, son scepticisme et sa crainte de voir Richard Ferrand lui succéder à l’Assemblée.



La rentrée politique semble sous tension pour le gouvernement. Après la démission de Nicolas Hulot, c’est au tour de la ministre des Sports, Laura Flessel, de déposer sa démission. Que traduit, selon vous, le remplacement du ministre de l’Écologie par le président de l’Assemblée nationale ?

C’est un peu une surprise pour moi. Je ne suis pas surprise par le nom, car François de Rugy n’a jamais caché son ambition de devenir ministre, et en particulier ministre d’État. C’était en quelque sorte la seule chose qui manquait à son tableau de chasse.
En revanche, il me semblait quand même qu’il avait pris des engagements vis-à-vis des parlementaires et de l’Assemblée. De ce côté-là, c’est un peu plus étonnant. Il oublie vite les promesses qu’il a faites aux députés. Il voulait réformer l’Assemblée, et après 15 mois, il la quitte et laisse en plan tous les chantiers.
Richard Ferrand devrait vraisemblablement lui succéder. Cela risque de compliquer les choses. Nous allons certainement subir le ‘’sectarisme… en marche’’.


Étant donné le profil de François de Rugy on peut penser qu’avec lui, il y aura peut-être moins de risques d’éclats de voix et d’instabilité qu’avec Nicolas Hulot.

Cela est évident et Macron est sans doute satisfait que le remplaçant de Nicolas Hulot soit François de Rugy. D’une part, cela règle le problème de la rivalité qui devenait de plus en plus présente entre lui et Richard Ferrand à l’Assemblée. Richard Ferrand sera désormais seul aux manettes.
D’autre part, François de Rugy n’est pas connu pour ruer dans les brancards. Il n’a pas la même personnalité que Nicolas Hulot. Il sera beaucoup plus facile à diriger et à faire rentrer dans le rang si nécessaire que monsieur Cohn-Bendit par exemple. Cela dit, j’ai été assez attristée lorsque son nom a commencé à circuler. Monsieur Cohn-Bendit pour incarner le Nouveau Monde, il y avait de quoi sourire…


On a un peu l’impression qu’un poste dans l’Exécutif est plus intéressant qu’un poste au sein du pouvoir législatif. Qu’en pensez-vous ?

C’est toujours le cas en effet. Il ne tenait pourtant pas n’importe quel poste à l’Assemblée. Il était quand même au perchoir. Président de l’Assemblée, ce n’est quand même pas rien !
Malgré les grands et beaux discours qu’on nous a servis depuis plusieurs mois à l’Assemblée, le but de ce gouvernement est évidemment ni de donner du poids à l’Assemblée nationale ni de donner au Parlement d’être un véritable contre-pouvoir. C’est bien l’aveu de cette nomination. Et l’acceptation de François de Rugy montre que le seul poste qui compte et la seule façon d’être au pouvoir sont dans l’Executif.

Et qu’en est-il du ministre des Sports ?

Laura Flessel a expliqué dans son communiqué qu’elle démissionnait pour des raisons personnelles.
Ses explications seraient en fait, selon les médias, un peu plus pragmatiques que cela. Ce pourrait être pour des raisons budgétaires.
Le budget du ministère des Sports devrait baisser dans la prochaine loi de finances de plus de 6 % , après une première baisse de 5 % l’année dernière. Je pense donc que c’est plutôt pour protester contre cette baisse du budget que pour des raisons personnelles.
Cela montre, à mon avis, que le gouvernement Macron n’est pas en si bonne posture qu’on veut bien le dire.

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