J’avais écrit ici un article, début janvier 2020, pour évoquer la situation des États-Unis en perspective de l’élection présidentielle, en traitant notamment les tensions ethniques qui sommeillent dans ce pays, tel un volcan que l’on croit endormi.

On connaît tous le scénario initial : une interpellation policière qui tourne mal sur une personne de la communauté noire, puis des émeutes dans la ville en question et l’embrasement un peu partout dans les grandes métropoles. Ce schéma se répète inlassablement depuis Ferguson en 2014, Cincinnati en 2001, Los Angeles en 1992, et nous pourrions remonter jusqu’aux années 60 à Detroit, Chicago…

En France, lorsque l’on allume la télévision pour s’informer et tenter de comprendre ce qui se passe, le manichéisme et la partialité vont bon train, avec le renfort de spécialistes, d’experts, tel l’ineffable François Durpaire, sur BFM TV, qui traite les sujets selon le même angle idéologique que son Histoire de France où il proclame, dès le titre, « Nos ancêtres ne sont pas Gaulois ! » Les discours médiatiques convergent unanimement : l’Amérique et ses relents racistes incarnés par Trump et sa police face aux progressistes soutenant les minorités opprimées.

Les émeutes provoquées par la mort de cet homme afro-américain George Floyd, lors de son interpellation par un policier blanc, Derek Chauvin, à South Minneapolis, révèlent l’unité de façade de la société multiculturelle américaine, morcelée en communautés qui durcissent leur sentiment identitaire.

Malgré une économie jusque-là puissante qui assurait (avant la crise du Covid-19) du travail et des perspectives financières à la population entière (taux de chômage à 3,6 % en 2019), malgré un discours officiel égalitariste, aseptisé au possible, sur tout ce qui concerne les termes de races et genres, malgré une représentation de plus en plus effective dans les domaines de la politique mais aussi des universités ou du cinéma, il suffit d’une étincelle pour embraser la plus grande nation au monde.

On retrouve également ce mécanisme identitaire en Europe, et tout particulièrement en France. Les émeutes savamment étouffées par un laisser-faire institutionnalisé, révélé par les syndicats de police, pendant le confinement après l’accident à moto à Villeneuve-la-Garenne, l’ont récemment démontré.

Un peu partout dans le monde occidental, les communautés ne cessent d’affirmer leur sentiment identitaire. Elles construisent et reconstruisent ce sentiment d’appartenance au groupe, « nous », en mettant en avant des signes distinctifs, corporels, linguistiques, religieux, l’histoire d’un peuple souvent dramatisée, en confrontation avec les marqueurs des « autres » groupes, et notamment ceux du modèle dominant, « eux ».

Il s’agit là d’un mécanisme anthropologique universel, qui fonctionne sur tous les continents depuis la nuit des temps. Les sociétés humaines sont des composés instables où tout n’est que tensions et rapport de force. Les penseurs de l’intelligentsia progressiste l’ont compris et redoublent désormais d’effort dans leur nouvelle utopie, celle du métissage, croyant encore naïvement que les peuples vivraient enfin en paix avec une même nuance de couleur de peau, oubliant au passage, une nouvelle fois, que les sociétés créoles, par exemple, donnent systématiquement lieu à des hiérarchisations pesantes et discriminantes selon les différents degrés de métissage.

En attendant cette illusoire société du vivre ensemble, les tensions communautaires ne peuvent être que croissantes. Elles déboucheront soit vers des droits ou des signaux symboliques donnés aux minorités pour atténuer provisoirement les heurts, soit sur un durcissement identitaire de la communauté blanche, entraînant davantage de sécession, dans un pays où des dizaines de millions de citoyens sont en possession d’armes à feu.

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