Les médias idolâtres du nouveau président de la République annonçaient un raz-de-marée, une déferlante, un tsunami, rivalisant dans l’emploi d’un vocabulaire marin. En fait, alors que certains prédisaient l’élection de 400 à 450 députés En Marche !, la majorité présidentielle n’obtient que 350 sièges, dont une quarantaine pour le MoDem. Certes, c’est un gros score, mais ce n’est qu’une grosse marée, non la marée du siècle.

On retiendra d’abord le taux record d’abstention : 56,6 % ! Du jamais vu depuis 1958. Les causes en sont multiples : lassitude, après plusieurs mois de campagnes successives, défiance envers une classe politique décevante, fatalisme devant une victoire chaque jour martelée. Mais la faible participation est surtout la preuve qu’Emmanuel Macron, s’il enthousiasme beaucoup les journalistes, ne suscite pas l’adhésion des foules.

Quoi qu’en disent les défenseurs des institutions de la Ve République et du scrutin majoritaire, l’Assemblée issue de ces élections n’est en rien représentative et devrait conduire à s’interroger sur sa légitimité démocratique. Il n’est guère intellectuellement honnête de déclarer que la France a massivement choisi Macron pour qu’il applique son programme : c’est le système électoral qui l’a choisi. Si l’on veut redonner au pays sa vitalité démocratique, il faut en revoir totalement les modalités et ne pas se contenter d’une petite dose de proportionnelle dans cinq ans.

On retiendra aussi l’échec de nombreuses personnalités socialistes, entraînées dans la débâcle d’un parti fragilisé par le quinquennat de François Hollande. On ne regrette pas l’échec de ou de Myriam El Khomri, qui n’ont même pas eu le courage de courir sous leurs propres couleurs, quémandant le soutien de La République en marche. Encore moins la défaite de Jean-Christophe Cambadélis ou celle de Najat Vallaud-Belkacem, dont la réputation a été profondément ternie par la réforme du collège et son sectarisme idéologique.

Mais, dans cette élection, on constate que beaucoup de socialistes, qui avaient fait sérieusement leur travail de député, n’ont pas été reconduits : ils ont été emportés par le phénomène Macron au profit de candidats inconnus qui trônaient sur leurs affiches à côté de leur mentor. Mais aussi aspirés par le trou noir où François Hollande a conduit la France. De même, des candidats LR qui ont pâti des ambiguïtés de leur parti.

Dans cette large majorité où les néophytes font le plein, beaucoup seront sans doute enclins, par reconnaissance, à jouer aux godillots. L’opposition ne pourra guère venir du parti ni du Parti socialiste, profondément divisés sur l’attitude à adopter envers le gouvernement, ni même des quelques élus communistes trop engoncés dans des conceptions surannées.

Elle proviendra de La France insoumise, qui a choisi ouvertement de résister. Mais, surtout, des huit ou neuf élus du Front national qui ont réussi l’exploit de l’emporter dans un scrutin majoritaire. Pour ne citer qu’eux, Marine Le Pen, Louis Aliot, Gilbert Collard et Emmanuelle Ménard, soutenue par le FN, apporteront sans nul doute à l’Assemblée une voix dérangeante : la voix du bon sens qui est la voix authentique de la France.

Souhaitons qu’ils convainquent des élus de droite et créent une alliance des patriotes, des souverainistes, respectueux de notre pays, pour lui redonner sa liberté, condition de sa survie et de son rayonnement dans l’ et dans le monde.

19 juin 2017

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