Depuis samedi, date à laquelle le petit garçon de deux ans et demi a échappé à la surveillance de ses grands-parents, la France tremble pour Émile, en même temps qu’elle pleure et espère envers et contre tout avec sa famille. La presse suit donc avec beaucoup d’attention les points de situation du procureur et du préfet. Le climat y est lourd, la parole, grave, les questions des journalistes sont pesées. Pourtant de la forêt de micros tendus devant le procureur ce mardi 11 juillet,  fuse une voix féminine, avec cette question surréaliste : « Le passé militant d’extrême-droite des parents, est-ce qu’il est étudié ? ». Que sous-entend cette interrogation ? Quel est le rapport ? En quoi cela change-t-il la donne  ?

Il est une catégorie de population, celle qui est étiquetée « d’extrême-droite », avec laquelle tout est permis. L’indécence, l’inhumanité, le cynisme, la provocation… Les pauvres parents essuient déjà sur les réseaux sociaux mille reproches ridicules : faut-il ne jamais eu avoir d’enfants pour ignorer que l’âge de ce bébé - entre le début où il commence à marcher et l'entrée à l'école - est celui de tous les dangers : grisés par leur autonomie mais inconscients des dangers, ces tout petits font souvent des frayeurs à ceux qui les gardent. En plus de ces donneurs de leçons, il y a les détectives du dimanche : ils savent qui est le coupable, le maire, le voisin tel membre de la famille vu à la télé, et péremptoirement jugé « pas net », comme si jeter ainsi l’opprobre n’avait pas plus d’importance que miser sur le Colonel Moutarde dans une partie de Cluedo. Il ne s'agit habituellement que d'anonymes. On trouve quand même dans le lot... Ségolène Royal. Celle-ci, dans un tweet supprimé depuis, s'agace, telle Marguerite Duras dans l'affaire Grégory, que « la mère » ait été « auditionnée » si tard, pointe du doigt  « le père au profil très inquiétant » évoque une « vengeance familiale ». Comment une mère de famille nombreuse, ancienne ministre et candidate à la présidence de République, peut-elle porter un jugement téméraire avec une telle légèreté quand les "vrais" enquêteurs au plus près du terrain, eux, n'écartent bien sûr aucune hypothèse - car tout est possible - mais s'astreignent à un devoir de réserve ?

Mais les journalistes professionnels valent-ils mieux ? Déjà, comme le relevait dans ces colonnes Sabine de Villeroché, le journal L’Indépendant n’a pu résister à la tentation d'un titre racoleur, bricolé à partir d'une citation tronquée, glanée de façon hasardeuse, faisant passer Marie S., la mère du petit garçon disparu, pour une illuminée. Il est vrai qu’être catholique et appeler à prier dans l’adversité, faire en sus partie d’une fratrie de dix enfants qui, l’été, organise des concerts dans son église, intrigue voire dérange. Quant à cette journaliste, dont le média n’a pas été identifié, elle n'a pas hésité à se faire l’écho d'obscurs militants d’ultra-gauche écumeurs de réseaux sociaux : Colomban S., le père d’Émile, se serait présenté pour Reconquête!, aurait fait partie du groupe Bastion social dissout il y a quelques années. Et alors ? S'il avait été élu UDI, militant EELV ou même antifa, quelle différence ? Ce n'est pas de politique qu'il s'agit mais de la disparition d'un bébé.« Le pedigree raciste et intégriste de la famille est évidemment une piste d'enquête », justifie un certain Anthony, comédien et metteur en scène, sur Twitter. C'est ce que l'on appelle sans doute le Camp du Bien.  « Vous n'aurez pas ma haine », c'est bon pour les terroristes. Pour les parents d'Émile, ce sera « Vous n'aurez pas ma pitié ». Coupables. Forcément coupables.

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12 juillet 2023 à 22:25

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56 commentaires

  1. Quand allons-nous enfin réagir et boycotter les torchons politisés subventionnés et ce « service public » qui n’en est pas un? Retrouver un minimum de conscience pour les exclure dans les urnes et leur botter leur seul fondement.

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