[ÉDITO] Deux minutes de silence, deux France : celle de Quentin n’est pas celle de Nahel

Emmanuel Macron a appelé « au calme »... comme s'il redoutait des émeutes similaires à 2024 !
Quentin Deranque

Le 2 juillet 2023, l’Assemblée nationale observait une minute de silence pour Nahel. Le 18 février, elle en observait une autre pour Quentin Deranque. La première avait été arrachée par la gauche. La seconde demandée par la droite. Deux minutes de silence, deux France face à face.

Après l’hommage rendu à Nahel, défavorablement connu des services de police et de la Justice, tué lors d’un refus d’obtempérer, il eût été difficile pour Yaël Braun-Pivet de refuser celui dédié à Quentin, inconnu de la police comme des tribunaux, lynché pour ses idées. Le précédent créait l’obligation morale. On n’ouvre pas une boîte de Pandore sans accepter qu’elle se rouvre.

Un député LIOT, Paul Molac, a pourtant rechigné, sur LCP. Il aurait voulu « les tenants et les aboutissants », avant de se lever. Selon lui, les minutes de silence devraient être réservées aux fonctionnaires morts en service. Argument audible, en théorie. Mais qui a inauguré la séquence compassionnelle à géométrie variable ? Et qualifier Quentin de phénomène de « peoplisation » relève d’un goût douteux : sa famille aurait sans doute préféré l’anonymat d’une vie longue à la notoriété d’un cercueil.

Sur certains bancs de la gauche radicale, des absences remarquées : Raphaël Arnault, Danièle Obono, Carlos Martens Bilongo, Thomas Portes, David Guiraud… Difficulté à se lever ? Impossibilité politique ? Ou prudence stratégique vis-à-vis de leurs amis de la Jeune Garde ? Question posée. Le lynchage, lui, ne relevait pas de l’abstention : ils étaient plusieurs contre un. Une lâcheté sans nom.

Appel au calme

Réagissant à la mort de Quentin, Emmanuel Macron a appelé « au calme ». Formule toute faite. Comme après la mort de Nahel. Sauf qu’alors, le pays flambait déjà. On se souvient du coût des émeutes de l’été 2023 : près d'un milliard d’euros, 2.500 bâtiments dégradés, 12.000 véhicules incendiés, des commerces pillés, des quartiers saccagés.

Et après la mort de Quentin ? Rien de tel. Pas de vitrines brisées, pas de voitures brûlées. Des veillées de prière, des messes, des cierges. Des amis en larmes parlant de sa gentillesse et de sa curiosité intellectuelle. La colère, oui. La vengeance, non.

Un ami l’a dit simplement : « On ne va pas le venger, on va prier, c’est ce qu’il aurait voulu. » Le prêtre qui lui a donné les derniers sacrements a rappelé aux jeunes rassemblés que la Justice devait rendre la justice, et qu’on ne s’y substitue pas. Puis il a évoqué le père Jerzy Popiełuszko, martyr du régime communiste polonais, assassiné pour sa foi et son engagement. Le jour de ses obsèques, lorsque le célébrant entonna le Pardonnez-nous nos offenses, la foule se tut : elle ne voulait pas pardonner. Sa mère se leva et dit trois fois : « Je pardonne tout. » Les autres assistants ont alors repris le Notre Père. Quelques années plus tard, le système s’effondrait.

On sourira : religion des faibles, disait Nietzsche. Peut-être. Mais aussi religion de la maîtrise de soi, de la paix civile, du refus de la spirale mimétique de la violence. Quand le christianisme s’efface, le ressentiment prospère.

Tartufferie des médias

Pendant ce temps, certains médias fouillent le passé de Quentin, traquent ses engagements supposément « identitaires ». Curieux scrupule. On expliquait, hier, qu’un mort est un mort, que son passé n’a pas à être exhumé. Aujourd’hui, on gratte, on furette, on contextualise. Tartufferie.

Son parcours n’a pourtant rien d’exceptionnel. Des jeunes lassés du relativisme ambiant, bousculés par une immigration massive dans leurs établissements, fascinés par l’Histoire de France, redécouvrent une fierté nationale. Un ami les invite au pèlerinage de Chartres. Ils y trouvent des bannières, une liturgie, une transcendance. La radicalité de la jeunesse prend alors la forme d’une messe traditionnelle plutôt que d’une barricade.

Heureux les doux et les humbles. Quentin était de ceux-là.

Mais comment Emmanuel Macron pourrait-il comprendre cette France du petit matin, celle qui construit, prie et se contient, lui qui semble ne plus croire à la continuité culturelle de ce pays ? Il confond deux colères. Il redoute des incendies là où il y a des cierges.

Deux minutes de silence. Deux visions du monde. L’une crie, casse et exige. L’autre pleure, prie et attend justice.

La première fait peur.

La seconde espère encore.

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Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

77 commentaires

  1. Nous avons un Gouvernement de poltron minet, jamais Nahel ne méritait pas une minute de silence. Que sa mère et ses proches furent saisi d’effroi, je le comprends, mais c’était une crapule, donc pardonner, pourquoi. N’inversons pas les valeurs.

  2. Ce n’est pas parce que le christianisme renonce à la violence qu’il est une religion faible ou une religion des faibles. Renoncer à l’usage de la violence, c’est être sûr de sa force, c’est la certitude que votre idéologie n’a pas besoin de la violence pour s’imposer. Ces partis de gauche et leurs hommes de main qui accomplissent la basse besogne en toute impunité n’ont d’autres arguments que la violence débridée et le recours au meurtre. Si ce sont là leurs seuls arguments, c’est qu’ils ont perdu le débat de la parole et que leur idéologie a avorté. Il leur reste alors la violence, l’intimidation, le chantage ou le crime comme seuls arguments. Ils finiront dans l’oubli comme bien d’autres avant eux qui ont eu recours aux mêmes méthodes.

  3. Excellent article ou tout est dit. La dignité d’un côté, les casseurs assassins de l’autre. Toutefois la justice de gauche va largement protéger ces petites ordures enfants de fonctionnaires comme de bien entendu. N’attendre aucune fermeté. Les disques durs de la jeune garde sont déjà dans le Rhône avec les noms de futures victimes. Ces gens là sont très organisés. Il est tout à fait normal qu’une ville construite depuis 30 ans selon le mode socialo bourgeois ( périphérie islamisee et hyper centre euro Disney bobo) possède sa milice.

  4. Qu’est devenu ce gouvernement ? Une minute de silence, et pourquoi pas des cierges à l’assemblée? Ouvrez les yeux , voyez et réagissez !

  5. Très bon article qui remet les pendules à l’heure. Quentin est mort en martyr. C’est la grande différence entre un chrétien et la « religion » du vide, l’athéisme

  6. sa famille aurait sans doute préféré l’anonymat d’une vie longue à la notoriété d’un cercueil.
    Quand le christianisme s’efface, le ressentiment prospère
    L’autre pleure, prie et attend justice.
    Très grande chronique. Phrases à méditer. Soyons dans l’espérance, le pire n’est jamais sûr.

  7. Il me semble qu’il y a une profonde dérive avec ces minutes de silence à l’AN. Ne devraient y avoir droit que ceux qui sont morts au service de la France. En tout cas pas un délinquant multirécidiviste tué pour un refus d’obtempérer. Ça avait été fait en toute faiblesse pour prévenir des émeutes. On avait donc eu le déshonneur et les émeutes. Quelle honte.

    • « On avait donc eu le déshonneur et les émeutes. » L’élite de ce pays, celle qui gouverne depuis plusieurs dizaines d’années, s’est définitivement mise à l’abri du déshonneur en se débarrassant complétement de tout ce qui pourrait avoir un lien quelconque avec l’honneur. C’est bien plus simple, pour ne pas risquer de le perdre, de ne pas en avoir du tout et d’ignorer jusqu’à la signification même du mot.

  8. C’est très juste ce que vous dites Mme CRUZEL, 2 visions du monde en effet, l’une hurle, brûle, saccage, casse, pille et l’autre pleure et prie en silence en attendant que la Justice fasse son travail. Quentin a un merveilleux visage plein de bonté et d’amour pour son prochain. Nous prions pour LUI de tout coeur et partageons sincèrement le profond chagrin de toute sa famille dévastée pour toute leur vie. Il faut que la JUSTICE des Hommes fasse enfin son travail si elle ne veut pas que le peuple le fasse à sa place.

  9. Les petites frappes de lfi qu’on entend d’habitude hurler à l’assemblée devaient avoir piscine aujourd’hui. Leur absence lors de cette session est un aveu lourd de sens…

  10. : « On ne va pas le venger, on va prier, c’est ce qu’il aurait voulu. » J’étais de gauche et depuis longtemps Mélanchon m’a repoussé vers la droite, et aujourd’hui violemment. Il me pousse même jusqu’à me rapprocher de mon ancienne fois . Et les agressions contre les églises et autre monuments à caractère chrétien, jamais critiquées par la gauche, finissent par m’atteindre.

    • Eh bien Raletout, permettez moi de vous dire que la Foi est un bienfait, elle un don de Dieu, les religions elles sont créations des hommes !

  11. N’en voulez pas à Braun Pivet, elle n’avait pas le temps d’une minute de silence pour Quentin ces jours ci. Elle recevait Christian Teïn, l’indépendantiste radical kanak mis en examen comme organisateur des destructions et émeutes de 2024 en Nouvelle Calédonie. Il y a des priorités.

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