parle d’or. C’est un bon point pour un avocat et ça nous change de tous ceux qui ne parlent que d’argent. Auditionné par la commission des lois de l’Assemblée nationale, il a déclaré préférer qu’un jeune « ait un militaire pour idole plutôt qu’un islamiste radical ou un caïd », le « ou » n’étant pas exclusif, bien évidemment. Faudra bien s’entendre, d’ailleurs, sur la liste des idoles militaires, car au train où vont les choses, aujourd’hui…

Et de reprendre une idée qui ressort régulièrement chez nos politiques – et Dupond-Moretti est désormais un politique, du moins en CDD -, celle de l’encadrement militaire des jeunes délinquants. On pourrait citer, en vrac, Ségolène Royal, Guillaume Peltier ou Éric Ciotti. L’idée que la caserne est préférable à la prison, que crapahuter le sac au dos, de jour comme de nuit, c’est toujours mieux que de glander sur son lit, de jour comme de nuit, en visionnant du porno ou que de dealer dans la courette à l’heure de la promenade. C’est l’éternel retour des bat’d’Af’, ces bataillons disciplinaires d’Afrique du Nord au temps béni que l’on sait. L’« éducateur social » s’appelait « mon adjudant » ou « sergent » et n’avait pas redoublé cinq fois sa première année de fac de psycho en passant son temps à manifester pour les grandes causes inclusives. Un dur, un tatoué, plutôt pinard que thé au jasmin, cet éducateur social… Enfin, autres temps, autres mœurs.

Plaisanterie et nostalgie mises à part, ce que les mauvais esprits pourraient qualifier de marronnier de la vie politique française est peut-être la dernière idée quand on a tout essayé, hormis le bagne à Cayenne.

Bien sûr, il y a ce côté un peu agaçant, surtout lorsqu’on est ancien de la maison, de voir que lorsque tout va mal dans le pays, et pas seulement à la frontière, on pense alors à l’armée. L’armée pour patrouiller dans les villes, l’armée pour pallier les déficiences de notre système hospitalier, tant mis à mal par les gouvernements successifs, l’armée pour ramasser les poubelles, s’il fallait, l’armée par-ci, l’armée par-là. Sauf, bien sûr, au gouvernement, cela va sans dire : on a plus de chance de voir un ancien recteur d’académie ministre des Armées qu’un ancien commandant de brigade blindée ministre de l’Éducation nationale…

Agaçant, aussi, l’idée que l’armée serait une sorte de puits sans fond, de corne d’abondance d’où l’on vous sortirait des éducateurs, des « encadrants », que sais-je encore, à tour de bras. Les « ressources humaines » des armées sont budgétées. Chaque poste est chichement compté, justifié et passé sous la toise, non pas de l’infirmier-major, mais de Bercy. Les militaires, notamment ceux de l’armée de terre, vivent à la cadence préparation opérationnelle-engagement opérationnel-remise en condition (il paraît que les militaires ont droit à une vie de famille).

Alors, oui, faire encadrer de jeunes délinquants « militairement », c’est-à-dire par des militaires – on imagine -, pourquoi pas. Mais pas à « effectifs constants », pour reprendre une expression que j’ai entendue tout au long de ma carrière, alors que les effectifs ne cessaient, d’ailleurs, de baisser…

Le garde des Sceaux affirme : « Quand on regarde certains gamins avec respect, ils deviennent respectables. Quand on regarde certains gamins comme des Français, ils deviennent Français. » Quelle institution de notre République, autre que l’armée, est capable de cela ? Je n’en vois pas, malheureusement.

21 juillet 2020

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