Le docteur Dominique Megglé, psychiatre et cofondateur de la Confédération francophone d’hypnose et de thérapies brèves, analyse les conséquences de la crise du Covid-19 sur le lien social et familial, mais également au niveau psychologique.

Nous avons l’impression d’être entre deux vagues épidémiques de Covid-19. Après trois mois de confinement, nous avons sans doute évité de nombreux morts de maladie, mais quid des dégâts psychologiques ? Sont-ils réels ? Quantifiables ?

Je vais aller à rebrousse-poil. Pendant le confinement, de nombreuses familles ont été heureuses de se retrouver ensemble. Des enfants étaient privés, la plupart du temps, de leurs parents du fait du travail de ceux-ci. Ils les ont découverts, et réciproquement, les parents leurs enfants. On croyait se connaître, en fait chacun avait son étiquette ; le confinement a fait sauter les étiquettes et on a été obligé de faire connaissance. Cela n’a pas été sans crises, sans conflits. Au contraire, il y en a eu beaucoup. Il a fallu se heurter à la différence des tempéraments et des expériences. Mais la nouveauté permise par le confinement, c’était que l’IVR (interruption volontaire de la relation) n’était pas possible. Malgré le conflit, il fallait continuer ensemble. Le traitement du conflit, le mener au bout et le dépasser était obligatoire. Personne ne pouvait prendre la porte, ni les conjoints, ni les parents, ni les enfants. Aucun divorce possible. Cela a constitué un énorme renversement par rapport à l’habitude. Habituellement, en effet, dans notre société individualiste, tout conflit sérieux mène à l’IVR, à l’avortement de la relation. Là, impossible. Le traitement réussi des conflits a conduit les membres de la famille à être plus fiers d’eux-mêmes et d’admiration pour les autres, et surtout à se rendre compte que la famille, avant d’être une charge, était une ressource pour la vie entière. L’individualiste postmoderne a découvert les bienfaits de la communauté.

 On pense notamment aux personnes âgées dans les EHPAD coupées de tout lien social. Quelles conséquences sur leur état de santé ?

Les vieux ont été abandonnés dans les EHPAD et ont fourni un tiers de la mortalité. Le terme valable est bien « abandon » : privation de tout lien social et refus de soins. De nombreux vieux sont morts non du virus mais de dépression par privation sociale ; ou bien cette privation sociale a fait décompenser brutalement des pathologies antérieures dont ils sont morts ; ou bien elle a effondré leur immunité face au virus. Touchez un vieux, embrassez un vieux, vous remontez son immunité, vous le faites vivre. Privez l’en, vous le tuez. C’est ce que nous avons fait.

De manière générale, la société doit-elle s’apprêter à payer une lourde facture sur le plan psychologique ?

Toutes les grandes épidémies ont toujours provoqué une intense peur collective, mais là, la panique a été immédiate, massive et mondiale. Nous avons vu et voyons des décideurs politiques, des gouvernements, des médecins, des journaux scientifiques, des médias parmi les plus importants perdre les pédales, provoquant dans le peuple une confusion et une terreur grandissantes et prédisposant donc celui-ci à se livrer à la première dictature qui se présentera comme salvatrice.

Doit-on continuer ces mesures sanitaires draconiennes à tout prix au risque d’aggraver la fragilisation du lien social ?

La , c’est nous dire « Mes frères, séparez-vous les uns des autres » au lieu de « Aimez-vous les uns les autres ». C’est le premier pas vers la haine, l’autre étant vu comme un danger pour ma vie et dont je dois me protéger. Survenant après les attentas islamistes et les crises des gilets jaunes, des retraites et de la SNCF, cette pression dite « sanitaire » continue alourdit encore le climat social et contribue à l’augmentation de la violence, particulièrement « racialiste », que nous constatons. J’ai l’impression que nous sommes en état de pré-guerre civile.

Qu’est-ce que cette crise raconte de notre société postmoderne ? La peur de la mort ? La vie au détriment de la liberté ? 

Un virus, et tout est par terre, tout ce que l’homme postmoderne, dans son orgueil, avait cru établi solidement sur ses créations technologiques. Plutôt que de s’humilier et de s’ouvrir à la transcendance, je crains qu’il n’ait pas retenu la leçon et qu’il n’aille, poursuivant sa logique antérieure, un peu plus verrouiller le contrôle social. Jusqu’à l’explosion. Parce que la vie ne se laissera pas enfermer indéfiniment.