Il y a racines et racines. Terroir et terroir. Il y a des provinces à forte identité, et d’autres aux contours plus flous, au passé a priori moins chargé d’Histoire et de rêveries. L’Île-de-France, par exemple, petite et grande couronne y comprises, qui n’a jamais connu d’équivalent local aux autonomismes breton, corse, basque ou savoyard. Cette région, pourtant la plus peuplée de France, se résume, dans l’imaginaire collectif, à la banlieue en son premier cercle et, à sa périphérie, en une zone mal définie : ce n’est plus la ville mais pas encore la campagne, pas vraiment la banlieue, mais pas tout à fait la province.

Et pourtant, le Hurepoix, ce « pays », comme on disait sous l’Ancien Régime, consiste en ce croissant bordant le sud de la capitale, de la forêt de Rambouillet à l’ouest jusqu’à Fontainebleau à l’est. Dourdan en fut la capitale historique, avant de devenir la principale villégiature d’un certain Michel Audiard. Mieux : le Hurepoix a son blason, arborant les armes des Montmorency, premiers barons de France et seigneurs de Montlhéry depuis 991, de la sorte blasonné : “D’or, à la croix de gueules, cantonnée de quatre alérions d’azur.” Et tout ça à moins d’une demi-heure de Paris en RER…

Il y a vingt ans que j’habite le Hurepoix. La douceur de vivre n’y est pas un vain mot, pour peu qu’on ait en plus la chance de pouvoir y travailler, évitant ainsi les monstrueuses transhumances franciliennes. Certes, c’était sûrement mieux avant. Logique, car avant, on était plus jeune ; toujours la même vieille histoire. Nous avons donc notre lot de ronds-points, de zones commerciales enlaidissant l’approche des villages. Mais nous avons aussi le paradis au bout de la rue, pour peu qu’on se donne la peine d’y flâner de plus près. Les châteaux de Breteuil, Dampierre ou Courson, pour ne citer qu’eux. D’illustres demeures, celles de la duchesse d’Uzès à Bonnelles ou de Louis Aragon à Saint-Arnoult-en-Yvelines, bourg lui aussi chargé d’Histoire, puisque fondé en 535, lorsque la dépouille de l’évêque Arnoult y fut inhumée. Il est, depuis, le saint patron des Yvelines…

Le Hurepoix, ce sont aussi des forêts multi-centenaires, celles de Rambouillet et de Fontainebleau. Une vallée, celle de Chevreuse, dans laquelle il fait si bon se perdre, surtout quand, au sortir d’un village, la simple vue d’une prairie vous ramène, le temps d’un instant magique, quelques siècles en arrière. Mais le Hurepoix ne saurait se résumer à la seule nostalgie : c’est aussi le plateau de Saclay et ses technologies de pointe, ses agriculteurs de la plaine de la Beauce, mais aussi ses paysans à l’ancienne, son tissu de petites et moyennes entreprises, son amour du cheval allant de la promenade en poney pour enfants au polo de haut niveau ; les acteurs Guy Marchand et Jean Rochefort ont longtemps fait partie du paysage des haras de Saint-Cyr-sous-Dourdan.

Alors oui, le Hurepoix est à la fois rural et urbain. Comme une sorte de point d’équilibre entre deux mondes, entre tradition et modernité, entre hier et aujourd’hui ; voire même, peut-être, demain. Ici, le paradis est devant vos yeux, à condition de consentir un doux effort pour les ouvrir. On n’est que rarement déçu du résultat.

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