La Sécu m’écrit beaucoup… J’aime à croire que c’est parce que je n’utilise pas assez ses services. Plus certainement, hélas, c’est parce qu’elle me range dans la catégorie des vieux à risque… Nous vivons, en effet, dans un pays formidable où l’on est encore un jeune à 25 ou 30 ans, un senior si l’on cherche du boulot après 40 ans et un vieux à risque passé 60…

Bref, celle qui gère notre système de santé si performant m’envoie force messages. Numériques. Si je ne suis pas une vieille branche, je suis une vieille branchée. Le dernier « mél » m’invite à aller voir mon pharmacien (gratuit) ou mon médecin traitant (soit une consultation payante), ou encore à me connecter sur un site dédié pour créer mon , le fameux dossier médical personnalisé.

Les exemples vivants étant d’un autre pouvoir, la Sécu se fend d’une historiette :

« Bonjour,

Amélie sort d’un cabinet de radiologie et elle enchaîne depuis plusieurs semaines les examens médicaux. En ouvrant son DMP, ses résultats seront rapidement disponibles pour tous les acteurs de son parcours de santé.
Charles vient de subir cette année une nouvelle intervention à l’hôpital. Les soins réalisés sont accessibles, via son DMP, par les professionnels de santé.
Arthur prend plusieurs traitements prescrits par différents médecins. Pratique, depuis que ses traitements sont consultables sur son DMP, il n’est plus inquiet.
Victoire a subi un test positif lors d’un examen de laboratoire destiné à vérifier si elle avait été contaminée par le virus du Covid-19. Ses résultats ainsi que le contenu de tous les actes en lien avec cette contamination sont inscrits dans son DMP et informent, avec son accord, les professionnels de santé de son état médical.
Comme Amélie, Charles, Arthur et Victoire, si ce n’est pas encore le cas, faites-vous ouvrir votre DMP par votre pharmacien ou par votre médecin traitant. Mais, avec votre carte vitale, vous pouvez aussi créez (sic) votre DMP de chez vous sur le site www.dmp.fr ou dans un point d’accueil de l’Assurance Maladie.
Gratuit et confidentiel, le DMP est la mémoire de votre santé.
Avec toute notre attention,
votre Caisse d’Assurance Maladie. »

« Comme Amélie, Charles, Arthur et Victoire »… Je me suis frotté les yeux, puis j’ai éclaté de rire. Puis j’ai posé cette question à un ami : les algorithmes de l’assurance maladie s’adaptent-ils à la sociologie ? Pour parler clairement, si Marie Delarue est invitée à suivre les aventures d’Amélie, Charles, Arthur et Victoire, est-ce que Mouloud Benlarbi est invité à connaître celles de Mohamed, Aïcha, Nafissatou et Omar ? Et si oui, n’y a-t-il pas, là-dessous, une odieuse et caricaturale discrimination ?

Mon ami est doté d’un esprit facétieux. En passe de devenir vieux, lui aussi, mais disposant encore de quelques mois de répit, il n’a pas reçu le message de la Sécu : « Point de contact avec Amélie de mon côté », me dit-il. « J’imagine qu’il me faudra languir jusqu’à mon prochain anniversaire avant d’être à mon tour invité à créer le Dépositoire de Mes Pathologies par Éloi, Gontrand et Jean-Eudes. »

Oublions Amélie et Charles-Édouard et penchons-nous sur le « dossier médical personnalisé », vrai « dépositoire de mes pathologies », comme l’appelle judicieusement mon ami.

Toujours au prétexte de veiller au mieux sur notre santé, voilà donc une nouvelle mise en carte de notre vie. Un accompagnement chaleureux par de nouveaux amis, les « acteurs de mon parcours santé ». Plus d’inquiétudes, dit la Sécu, désormais, ils sauront tout tout tout, ils sauront tout sur le zizi et même encore davantage.

Dormez tranquilles, Français, « Big Brother is watching you », aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain… pour votre sécurité, comme toujours.

À lire aussi

Les « mijeurs », jeunes migrants délinquants, sévissent partout en Île-de-France !

Les chiffres sont effarants... …