Editoriaux - Histoire - 17 août 2019

Débarquement et gratitude : dette de reconnaissance ou reconnaissance de dette ?

Habitués à la langue de bois politique en général et au double langage macronien en particulier, gage de double mécontentement, on peut s’interroger sur le sens et la portée du discours du 75e anniversaire du débarquement des forces françaises et alliées en Provence.

Certes, un hommage appuyé et mérité a été rendu aux dizaines de milliers de soldats africains engagés. Notre grand prêtre d’une religion politique pourtant laïque n’a d’ailleurs pas lésiné sur les mots : « Plus qu’un sursaut, une résurrection ! »

Mais la récupération politique de l’événement historique était évidente. Ça ne veut rien dire et ça ne coûte rien, mais ça stimule la pensée positive, d’entendre que « la France a une part d’Afrique en elle » ; que « la participation des troupes africaines a redonné sa liberté et sa dignité à la France, ses couleurs à notre drapeau et sa devise à notre peuple » ; que « cette liberté est venue de la Méditerranée, car tel est son vrai visage ». Belle pirouette pour justifier une politique d’immigration sans limite ni réel contrôle, qui donne sa légitimité au slogan irresponsable : « Bienvenue chez vous. »

Plus grave, le discours avait pour thème la gratitude, qualifiée ici d’« impérissable » pour plus de solennité. Or, ce terme ambivalent se prête merveilleusement à une double interprétation.

D’un côté, les belles âmes ont pu penser qu’il s’agissait de combler une « dette de reconnaissance », sentiment moral et gratuit, envers les soldats africains. Mais dans une société hyper matérialiste, réglementée et contrôlée qui interdit toute forme de don s’il n’est pas taxé (temps, service, attention), que reste-t-il de la gratuité qui porte la même racine (« grâce ») que la gratitude ?

D’un autre côté, d’autres, plus réalistes, ont compris qu’il s’agit plutôt d’une « reconnaissance de dette », sonnante et trébuchante… selon des termes qu’il reste à définir. Comment interpréter les appels d’une « jeunesse de France » (et non française, on note la nuance), « héritière, émissaire » (chargée de quelle mission ?) à « transmettre, faire fructifier, agir à notre tour » car « la nation reconnaissante n’oubliera rien ni personne » ? « Cette participation nous engage » (à quoi, au juste ?), « nous honore et nous oblige à en réaliser les promesses et en mesurer la dette » ? Nous y voilà !

Alors, à quoi nous engage concrètement cette gratitude non gratuite de la France envers les troupes africaines ? Car les Africains ont tendance à prendre les discours au premier degré et les beaux parleurs au mot, même les plus farfelus comme ceux d’Alger puis de Ouagadougou en 2017 où l’apprenti candidat Macron a honteusement décrété que « la colonisation est un crime contre l’humanité et une barbarie ». Les citoyens-contribuables français apprécieraient de connaître la réalité des compensations sous toutes leurs formes accordées officiellement ou discrètement pour continuer d’éponger cette fameuse « dette coloniale » sans fin qui ne dit pas son nom.

Laissons le dernier mot constructif sur ce sujet à Marcel Zadi Kessy, sage africain unanimement reconnu en Afrique de l’Ouest, ancien haut fonctionnaire puis dirigeant d’entreprises accompli et ancien président du Conseil économique et social de Côte d’Ivoire (2011-16) : « L’époque coloniale, malgré les dégâts causés, a transmis à l’Afrique, à travers la culture technicienne et scientifique, les germes du changement. Et surtout, une ouverture à d’autres cultures. » Fermez le ban !

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