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Editoriaux - People - 29 mars 2020

Cymes, Ndiaye, Dombasle, Goldman, Bruel : les grossistes de la bonne conscience

Selon le réac François-René de Chateaubriand, « l’aristocratie a trois âges successifs : l’âge des supériorités, l’âge des privilèges et l’âge des vanités. Sortie du premier, elle dégénère dans le second et s’éteint dans le dernier. » En cette période de confinement, voici la question qui se pose à la piétaille que nous sommes : à quelle époque se situe notre aristocratie républicaine ?

En république heureuse, moult catégories d’aristocraties cohabitent et collaborent sereinement : un vivre ensemble qui, contrairement à d’autres, a assez bien réussi. L’exception qui confirme la règle, peut-être. Parmi celles-là se distinguent l’aristocratie officielle, celle des élus, des experts et des courtiers accrédités des valeurs républicaines et, plus officieuse, celles des faux-semblants et des concessionnaires de la bonne conscience collective.

Parmi ceux issus de la première catégorie se sont particulièrement singularisés le confrère Cymes, toubib expert endémique, professionnel du retournement viral de tablier blanc dans le strict respect du serment d’hypocrite, et la porte-parole du régime. Que dire d’un pays qui a vu naître Pasteur et treize Nobel de médecine et qui se voit donner des leçons de prévention par Sibeth Ndiaye ? Nul doute, avec ces deux-là, à défaut de chloroquine, la caste insistait pour annihiler le virus par le fou rire.

Mais que serions-nous, par ailleurs, sans les grossistes de la bonne conscience de la deuxième catégorie, les people. Par une inédite promiscuité virtuelle ces people du haut partagent bénévolement leur quotidien avec le peuple du bas. La liste est longue. Ne bénéficiant d’aucun privilège et ne dérogeant pas à l’astreinte commune face à la crise sanitaire, ces célébrités, pourtant habituées à prodiguer leur talent en pleine lumière, partagent leurs cruelles conditions de détention, bien plus pénibles à encaisser, dans leurs appartements haussmanniens ou leurs maisons de campagne.

« Comme une prière en ces temps de grande désolation », « dans un désert de fin du monde », Arielle Dombasle, madame BHL, se désole ; « confinée, je vais pouvoir sortir, j’ai mon attestation ». Autre exemple et parmi les plus actifs de ces troubadours de la pensée admissible, Patrick Bruel, isolé en compagnie de sa cave à vin pour interpréter depuis son salon certains de ses titres : « Je suis chez moi. J’ai décidé de vivre ce confinement tout seul pour ne pas faire prendre de risque à qui que ce soit. » Nos tympans apprécieront. Également de la partie, l’emblématique Jean-Jacques Goldman, qui chante pour tous ceux qui sauvent nos vies. Tous deux insistent pour remercier et saluer le courage de ceux qui, sur le terrain, bravent crachats, postillons et agressivité. Dommage que cette solidarité inhabituelle envers le personnel soignant ne se soit pas manifestée davantage quand ces derniers battaient le pavé en se faisant gazer, ces infirmières qui se cassaient la voix face à cette fatalité qui leur colle à la peau pour réclamer des conditions de travail décentes.

Sans masques, gel ou respirateurs, heureusement qu’il nous reste Bruel et Goldman. Vivement, enfin, que cette aristocratie daigne insister auprès de nos sauvageons pour qu’ils respectent leur confinement allégé. En cette période charnière, on entend ici et là qu’après cette crise, qui a eu le bénéfice de faire le tri entre les pays développés et les pays qui croient qu’ils le sont encore, l’heure des comptes sonnera. À ce moment, il faudra peut-être avoir une pensée pour ces tartuffes-là. « Tout le monde me prend pour un homme de bien,/Mais la vérité pure est que je ne vaux rien » (Jean-Baptiste Poquelin).

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