Ce qui est étonnant, avec les éternels politicards, c’est leur capacité à s’adapter sans cesse aux nouvelles tendances de la mode. Comme les rats, qui, paraît-il, ont une des plus grandes capacités d’adaptation au monde : quelle que soit la situation, ils trouvent toujours le moyen d’être là. On les sort par la porte, ils reviennent par la fenêtre. C’est ainsi que, selon les médias, la France connaîtrait depuis les municipales une déferlante verte, laquelle se limite en fait, compte tenu du taux d’abstention de 60 %, à des scores de 10 à 15 % des inscrits – on le voit, ce n’est pas encore un tsunami -, mais déjà certains rêvent d’un pouvoir écolo-socialiste, une sorte de gauche plurielle/le retour, alliant les dinosaures de l’antique Parti socialiste aux nouveaux carriéristes du parti taxifère européo-écologiste, la célèbre pastèque verte à l’extérieur et rouge-rose à l’intérieur.

Cependant, et si l’on en croit un récent article du Monde, il est justement un monde que cette perspective inquiète, alors même qu’on l’aurait cru ravi : c’est le petit monde de la culture, et surtout de la création d’essence ministérielle, faite de mises en scène iconoclastes des classiques, de pensums d’auteurs officiels et d’adaptations de n’importe quoi.

Coqueluche du théâtre ministériel ARTCENA, auteur/metteur de gauche tendance écolo, Joël Pommerat, en 2016, s’était déjà insurgé, dans Libération, contre les coupes sombres dans les budgets de la culture du maire de Grenoble ; mais aujourd’hui, c’est une dizaine de villes, dont Lyon, Marseille ou Bordeaux, où il pourrait faire exemple ! D’autant que ces nouveaux écolos-maires, qui par ailleurs n’ont pas l’intention d’étendre ces budgets, parlent de réhabiliter « la culture pour tous ». Donc beaucoup moins d’argent pour les cuistres de la pseudo-création !

La crise financière aidant et l’argent public commençant à manquer, ils semblent ne pas avoir l’intention de continuer à remplir le tonneau des Danaïdes des théâtres, opéras et autres lieux dits nationaux, où prospère la caste de ces artistes aussi officiels que rébarbatifs… Et ils ont même commencé à vitupérer l’entre-soi de ce microcosme et ses coteries vivant de l’argent d’un contribuable populiste qu’il méprise. Entre-soi qui est depuis longtemps une évidence pour tous, sauf pour ces artistes/fonctionnaires. Et si vous ne me croyez pas, demandez un rendez-vous à un directeur de scène ou de centre dramatique national de votre région pour lui soumettre un projet de création, et ce, sans user de la moindre influence. Vous attendrez longtemps la réponse…

Panique, donc, chez les cultureux élitisés. Car ces maires écolos, tiraillés entre, d’un côté, leur électorat bobo-maso-culturel, avide d’élitisme international entre-soi, et de spectacles questionnants dérangeants bien-pensants, depuis le théâtre de la Colline au festival Py d’Avignon, en passant par les festivals lyriques où le nom du metteur en scène a remplacé celui du compositeur et où l’on va voir la dernière sauce scénique enveloppant le rabâchage des chefs-d’œuvre et, de l’autre, leur électorat populaire de la gauche socio-cucul MJC, tous deux inquiets de voir la planète bientôt exploser dans un cataclysme apocalyptique que seuls ils peuvent empêcher, ces nouveaux élus donc semblent vouloir rétablir l’équilibre…

Autre question, tout aussi pertinente, mais que Le Monde ne pose pas, et que je pose à sa place : ces écolos-élus s’attaqueront-ils, dans un même élan, au sectarisme idéologique de gauche qui, aujourd’hui, constitue l’un des piliers du microcosme culturel ? Il est permis d’en douter.

Les six ans qui viennent dans les municipalités écologistes risquent donc, pour les iconoclastes ministériels habitués aux riches dotations, d’être rudes : hélas, vont-ils devoir composer, dans une austérité toute libérale, avec ce peuple populiste qui les horrifie ? Libéralisme et populisme, deux mots qui, selon Le Monde lui-même, constituent pour un artiste estampillé DRAC l’abomination de la désolation !

Une solution, peut-être : et si ces créateurs ministériels adaptaient pour le théâtre ou l’opéra la vie de Nicolas Hulot, ou bien la théorie du réchauffement climatique, avec une Carmen en string ou, comme dans un dernier Falstaff à Montpellier, des chanteurs en caleçons et supports-chaussettes pour signifier la chaleur grandissante qui monte de la Terre…

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