Editoriaux - Société - 11 août 2019

Croissance démographique insoutenable : le nombre d’or à la rescousse ?

Il y a vingt ans, le savant humaniste Théodore Monod s’alarmait du « lapinisme galopant » de l’espèce humaine. Hasard ou référence volontaire, cette expression évoque la suite de Fibonacchi, mise en équation il y a mille ans par le moine éponyme. Fondée sur l’observation de la reproduction exponentielle des lapins, cette suite de nombres entiers met en évidence le « nombre d’or », ou « φ » (phi), déjà utilisé par les Grecs anciens, coefficient (1,6…) d’une proportionnalité inscrite au plus profond de la nature.

Effectivement, les immenses cités, bâties à la va-vite dans les périphéries urbaines des pays pauvres à forte croissance démographique, ressemblent davantage à des alignements de clapiers qu’à des habitats humains. Dévastation écologique doublée de fréquentes escroqueries, cette contrefaçon de « logement social » n’apporte pas le bien-être à ces populations déracinées mais fait la fortune des propriétaires fonciers, des professionnels de l’immobilier et des autorités publiques peu soucieuses de l’intérêt général. C’est le cas de l’Afrique, dont la majorité des deux milliards d’habitants, en 2050, vivront dans ces nouveaux quartiers précaires mais rentables – pour combien de temps ?

Car l’entassement humain pose la question du « dépassement du seuil de tolérance » à la promiscuité et à l’insalubrité, lié au fameux « dépassement de la Terre ». Il semble bien que « les peuples sont devenus des cheptels. L’État les fabrique en série sur un modèle standard », disait Léon Werth (1878-1955), dédicataire du Petit Prince. Au moins, cette figure d’innocence universelle ne souffrait pas de ce mal-vivre sur son astéroïde B612, « à peine plus grand qu’une maison » mais habité par une rose.

Alors qu’on parle de futures « cités intelligentes », on pourrait impliquer la sociologie, l’architecture, les mathématiques et d’autres disciplines dans la recherche d’applications utiles du nombre d’or. Cette voie ouverte par Le Corbusier mériterait d’être reconsidérée. Des lois simples et pratiques issues de ce nombre inépuisé pourraient se révéler plus efficaces que les politiques actuelles, inadaptées à des situations de détresse humaine sans perspective d’amélioration, bombes sociales à retardement qui alimentent les flux migratoires d’un nombre croissant de « réfugiés économiques ».

In fine, si on ne peut accroître les ressources de la planète ni améliorer l’aménagement des territoires, la croissance des populations devra ralentir, si possible autrement que par des épidémies naturelles et des guerres civiles. Déconnectés des réalités locales, des ténors de la diaspora africaine soutiennent depuis leurs bulles de confort que le continent africain souffre de déficit démographique. Qu’ils viennent y vivre à l’écart des beaux quartiers fortifiés !

À moins de considérer comme Pangloss, maître de Candide, que « les malheurs particuliers font le bien général, de sorte que plus il y de malheurs particuliers, et plus tout est bien ». Autrement dit, que le malheur des uns fait le bonheur des autres, ce dont on ne doute pas. Lucide Voltaire !

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