Les défenseurs de la corrida retournent au combat. Alors que le député de la NUPES Aymeric Caron promet un débat sur l’abolition de la corrida à l’Assemblée nationale, le 24 novembre prochain, les aficionados se mobilisent. Ils veulent défendre ce pan de leur patrimoine local.

La corrida, une tradition ancrée

« Ce n’est pas à un député de Paris d’expliquer aux gens du Sud ce qu’est leur culture. » Face à Aymeric Caron, qui assure que la corrida n’appartient pas au patrimoine français, André Viard, fondateur de l’Observatoire national des cultures taurines (ONCT), n’entend pas se laisser faire. Contacté par Boulevard Voltaire, il rappelle que « la tauromachie est documentée en France depuis le XIIIe siècle ». En effet, comme l’explique l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel (dans lequel la corrida était inscrite pendant un temps), « en France, des jeux taurins sont attestés dans le Midi dès le Moyen Âge. Cette tradition ancienne a favorisé l’implantation et le développement de la corrida à partir du milieu du XIXe siècle. » L’arrivée de la corrida en France est donc le fruit d’interactions diverses entre les cultures de part et d’autre des Pyrénées. Depuis 1853, les arènes de Nîmes, Arles, Bayonne ou encore Béziers accueillent ainsi, chaque année, des corridas. Pour les aficionados, il n’y a donc aucun débat, la corrida constitue bien « une tradition locale ininterrompue ». Au nom de leur identité régionale, ils refusent fermement qu’un « bobo parisien vienne imposer sa morale tel un colonisateur ».

Là où Aymeric Caron dénonce un « spectacle immoral » et barbare, les passionnés de corrida décrivent une représentation « poétique ». « La corrida symbolise le passage de l’état de nature à la civilisation, explique André Viard, ancien matador. On met en scène le désir de l’homme de s’affirmer dans la nature en s’opposant à ce qu’il y a de plus redoutable : un taureau, symbole de force et de bravoure. » Et d’ajouter, comme un clin d’œil au député parisien : « Ici, dans le Sud, nous admirons le courage. Nous avons une volonté de défier la mort plutôt que de trembler devant elle. » Et lorsqu’on leur parle du bien-être animal, les aficionados ne rechignent pas à répondre. « Nous célébrons autant le courage du taureau que celui de l’homme », explique l’un d’eux. Virgile Alexandre, président de l’Association des éleveurs français de toros de combat, contacté par Boulevard Voltaire, met également en avant les conditions de vie des bêtes. « Les taureaux de combat pâturent sur de grands espaces – 1 à 3 hectares par bête - en totale liberté », détaille-t-il. On est loin de l’élevage intensif que dénoncent pourtant les chantres de la cause animale. D’autre part, s’étalant sur près de 10.000 hectares, l’élevage de ce bétail – 6 % seulement des bêtes seront sélectionnés pour se battre dans l’arène – permet la préservation de réserves naturelles.

Manifestation et lobbying

Pour défendre leur héritage, les passionnés de corrida n’entendent pas arrêter la mobilisation. Après un premier rassemblement, ce samedi 10 septembre, à Arles, en présence notamment de Renaud Muselier, président de la région PACA, ils prévoient de se retrouver samedi prochain, 17 septembre, devant les arènes de Nîmes. Ces passionnés essaient également de convaincre les députés de ne pas rallier Aymeric Caron. « On leur explique qu’ils n’ont aucun intérêt à s’associer à cette initiative, qu’en ce moment, on a besoin de construire et pas de détruire », résume l’un d’eux. Une stratégie qui semble pour le moment fonctionner : signé par 63 députés, le texte d’Aymeric Caron ne fait même pas le plein chez les députés de La France insoumise. Ils peuvent également compter sur l’adhésion massive des habitants des villes taurines à la défense de la tauromachie. Selon un sondage IFOP pour Sud Radio publié au début de l’été, 71 % des habitants de ces villes approuvent le maintien de la corrida.

À court terme, les défenseurs de la corrida assurent donc « ne pas avoir peur ». « Aymeric Caron peut faire voter la loi et gagner la médaille du bien-être animal, mais elle ne sera pas promulguée », assure André Viard. En cause, selon lui, la déclaration de Mexico de l’UNESCO de 1982, dont la France est signataire, qui affirme que « tout peuple a le droit et le devoir de défendre et de préserver son patrimoine culturel ». Elle ajoute que « le plus inacceptable sont les atteintes portées par le colonialisme ». La culture tauromachique, ancrée dans l’histoire de nombreuses villes du sud de la France, serait donc préservée au nom de la défense des pratiques culturelles locales. En revanche, à moyen terme, Virgile Alexandre se montre plus soucieux. « Avec cette loi et ce débat, ils ont ouvert une brèche et d’autres pourront s’y engouffrer », s’inquiète l’éleveur.

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12 septembre 2022

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