Parmi les victimes du coronavirus, il y en a décidément une dont on ne parle guère : l’Europe ; ou, tout au moins, la Commission européenne. Les peuples semblent vouloir plus se mettre sous la protection de leurs États-nations, concept naguère donné pour obsolète, mais qui paraît aujourd’hui retrouver une vigueur certaine, que d’en appeler aux instances européennes.

C’est la logique des peuples. Car s’il existe bel et bien un substrat civilisationnel et culturel européen, il n’y a pas de « peuple européen » ; sauf à considérer que les Portugais sont des Islandais comme les autres.

Pour tout arranger, non contente d’être aux abonnés absents, cette structure technocratique devient-elle manifestement un corps nuisible en ces temps d’épidémie galopante. Il y a, évidemment, l’actuel scandale italien ; mais aussi le très fâcheux précédent serbe. Ainsi, le 17 mars dernier, le président Aleksandar Vučić a-t-il accusé l’Union européenne d’avoir abandonné son pays en limitant les exportations de matériel médical à destination de Belgrade.

Il est vrai que l’Europe était autrement plus réactive lorsqu’il s’agissait d’écraser la Serbie sous un tapis de bombes, à la toute fin du siècle dernier…

Et l’Italie ? Les mêmes instances européennes l’ont déjà abandonnée devant l’invasion migratoire, la clouant même au pilori médiatique lorsque Matteo Salvini, alors ministre de l’Intérieur, tentait d’y faire face, lâché par tous ses voisins du Vieux Continent. Aujourd’hui, c’est à une autre invasion qu’on l’abandonne une nouvelle fois.

En ce sens, cette crise n’est pas que sanitaire, mais également politique. Et de la politique à la géopolitique, il n’y a qu’un pas que d’autres puissances n’hésitent pas à franchir, celles qui ont une stratégie et une vision à long terme ; bref, qui ne croient pas à « la fin de l’Histoire » : la Russie et la Chine au premier chef. Soient des nations qui ont bien compris que l’Ancien Monde, régi par le droit et le « doux commerce », appartenait déjà au passé, que l’économie n’était pas tout et que la politique avait encore de beaux jours devant elle.

C’est donc tout naturellement vers ces dernières que l’Italie se tourne aujourd’hui, de chef d’État à chef d’État, du président Vladimir Poutine au président du Conseil Giuseppe Conte. Et là, ça ne traîne pas, Moscou envoyant illico neuf avions, une centaine de médecins spécialistes en épidémiologie et huit équipes médicales. Quant à la Chine, c’est un avion qui a déjà décollé de Pékin, avec plusieurs tonnes de matériel respiratoire et de masques à son bord, pour venir en aide au pays d’Europe le plus touché par le virus… et que l’Europe refuse manifestement de secourir.

Comble de l’humiliation pour Bruxelles : Cuba vient, à son tour, de dépêcher cinquante-deux médecins et infirmiers. Et pas n’importe lesquels, s’agissant de spécialistes expérimentés dont la plupart ont combattu grippe aviaire et virus Ebola en Afrique. Qu’on apprécie ou non la politique cubaine, voilà au moins une nation qui a une vision politique, ne serait-ce que celle consistant à avoir crânement refusé, des décennies durant, d’être une province états-unienne.

Certes, rappelait RFI, ce dimanche dernier : « Cuba envoie dans le monde entier des médecins en mission solidaire, mais aussi afin de récupérer des devises étrangères. » Il n’empêche, toujours selon la même source, que tout cela ne pas manque d’allure, tel qu’en témoigne la déclaration de l’un d’eux : « Nous avons tous peur, bien sûr, mais nous devons accomplir notre mission révolutionnaire. La peur, nous la mettons de côté, nous ne sommes pas des super-héros dénués de peur, nous sommes des médecins de la Révolution. »

Il est à craindre que nos technocrates européistes ne puissent afficher un tel panache.

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