Editoriaux - Justice - Polémiques - 21 janvier 2019

Commission d’enquête du Sénat : Benalla, sur la défensive, reste muet sur l’essentiel

Pendant plus de deux heures, les sénateurs l’interrogent. En vain ! On n’apprend pas grand-chose de nouveau, l’intéressé refusant à plusieurs reprises de répondre, rappelant son droit à la présomption d’innocence et au respect de l’information judiciaire. Mais ses réticences et ses silences en disent long sur ce qu’il peut cacher, au point qu’on peut se demander qui il protège.

Benalla déclare qu’il n’a pas menti, le 19 septembre, en affirmant que ses passeports diplomatiques étaient restés à l’Élysée. Il les avait restitués en août 2018. Ces passeports lui ont été rendus en octobre 2018. On ne lui a pas précisé qu’il ne pouvait pas s’en servir. Pourquoi les lui aurait-on rendus, d’ailleurs, s’il ne pouvait s’en servir ? Mais pas question de désigner le mystérieux correspondant qui lui a remis ces passeports.

À plusieurs reprises, il répète que l’utilisation de passeports diplomatiques ne lui apportait aucun avantage, qu’il n’aurait pas dû le faire : “C’est une connerie de ma part de les avoir utilisés”, finit-il par lâcher. Quant au fameux téléphone crypté qu’il avait le privilège de détenir, on ne le lui a jamais redemandé, il l’a oublié dans un carton au cours des nombreux déménagements qu’il a dû effectuer après son licenciement et l’a rendu à l’Élysée quand il l’a, par hasard, retrouvé.

Un sénateur lui demande pourquoi il n’a pas saisi la commission de déontologie quand il a repris, pendant un mois, une activité professionnelle. Il a oublié de relire son contrat de travail qui le spécifiait. Il avait d’autres priorités, comme celles de mettre à l’abri sa femme et son fils. Mais il ne doit pas être le seul dans ce cas, ajoute-t-il, comme si une faute commise par d’autres amoindrissait la sienne. Il refuse de préciser la nature de cette activité.

Il est très discret sur les relations qu’il a entretenues avec la présidence après son licenciement. On sait qu’il envoyait des messages à Macron, mais il ne dira pas sur quoi. Comme on lui demande s’il s’est rendu à l’Élysée, il reste évasif : s’agit-il du bâtiment ou de l’institution ? Il ne répond pas à la question. De même, il reconnaît qu’il avisait des membres de la présidence de ses déplacements à l’étranger : “par courtoisie”, précise-t-il. Mais il ne souhaite pas indiquer qui il contactait. Pour se protéger ou protéger ses interlocuteurs ? En tout cas, il ne détient “aucun secret sur qui que ce soit” et n’exerce “aucun chantage”, assure-t-il, répondant à une question que les sénateurs ne lui posaient pas.

Et le renouvellement du passeport qu’il a demandé alors qu’il ne s’occupait plus des déplacements à l’étranger du Président ? Pourquoi n’est-il pas passé par les services du protocole ? On n’en saura pas plus. Il rappelle seulement qu’il n’a pas été mis en examen pour faux et usage de faux, contrairement à l’accusation proférée par Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, qui ne semble plus le porter dans son cœur. Il le lui rend bien. Il affirme que ce passeport, il l’a reçu “de la manière la plus normale du monde”.

Benalla veut se faire passer pour un bouc émissaire sur lequel la presse et certains politiciens s’acharnent alors qu’il n’est qu’un homme ordinaire. Au début de son audition, il a rappelé qu’on avait voulu le présenter comme “le tabasseur des gentils manifestants” mais qu’ils étaient “des lanceurs de bouteilles en verre sur les policiers” et qu’il avait pensé “bien faire”. Bref, un type qui n’a pas eu de chance et qu’on attaque pour atteindre son Président. Les sénateurs ne semblent pas avoir été convaincus par sa prestation. Nous non plus.

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