Collaboration : « Les Rayons et les Ombres », ce film qui gêne la gauche
Avec sa sortie sur le grand écran, le film Les Rayons et les Ombres, de Xavier Giannoli, réussit à dépoussiérer des faits longtemps occultés sur l’Occupation et la collaboration. Cette fresque historique suit le parcours de Jean Luchaire, journaliste de gauche et pacifiste devenu l’une des figures de la collaboration. L’œuvre refuse alors le manichéisme confortable qui veut opposer les bons résistants de gauche aux méchants collaborationnistes de droite et rappelle une réalité bien plus nuancée de l’Histoire de France.
Un film dangereux ?
Le réalisateur Xavier Giannoli avoue lui-même, auprès de SensCritique, qu’au début du projet, lorsqu’il interrogeait un historien en lui disant « Je veux pouvoir vous poser beaucoup de questions, parce que si je dis le moindre mensonge, on ne me pardonnera pas », il reçut cette réplique glaçante : « Vous avez raison, mais si vous dites la vérité, on ne vous le pardonnera pas non plus. » Giannoli comprend alors qu’il s’engage sur « un terrain dangereux et inflammable » en cherchant simplement à « montrer un monde qu'on ne connaît pas, les gens qui allaient dans les salons, à l'ambassade du Reich […] où une certaine élite intellectuelle se compromettait […] des gens issus d'une gauche pacifiste obsédée par la réconciliation franco-allemande ». Conscient du risque, il affirme néanmoins avoir traité le film avec une rigueur historique absolue et avoir mesuré, avec Jean Dujardin, le poids de ce sujet dont le traitement revenait à affronter véritablement un tabou.
Un réflexe presque naturel
Preuve en est, dès la sortie du film, une polémique éclate aussitôt. Sur France TV, un débat est ainsi ouvert sous le titre « Les Rayons et les Ombres – une fiction face à la collaboration », laissant entendre que le film relèverait d’un imaginaire politique, comme si évoquer une collaboration venue d’une partie de la gauche relevait du mensonge et du fantasme. Très vite, un réflexe presque naturel s’impose lorsque l’historien Laurent Joly rappelle la présence de l’extrême droite dans la collaboration, tout en affirmant en même temps que la gauche n’y participa qu’à la marge, une manière implicite de défendre une vérité figée, solidement ancrée depuis la Libération, opposant une droite fautive à une gauche résistante. Ce réflexe traduit alors moins un souci de précision historique que la crainte d’un renversement mémoriel.
"La tendance lourde (dans la collaboration), ce sont ses réseaux et ses continuités (Extrême droite) et le reste ce sont des marginaux"
Laurent Joly qui remet 2-3 pendules à l'heure sur la collaboration dans le contexte de sortie du film "les rayons et les ombres" pic.twitter.com/ItUvH0Dcjn
— Noustrea 🐸 (@ChomeurContent) March 23, 2026
En effet, on perçoit presque une peur que cette mise en lumière historique faite par Les Rayons et les Ombres ne fragilise l’historiographie actuelle favorisant la gauche et l’extrême gauche, dont une large part du discours politique repose sur la tendance à nazifier et fasciser les adversaires de droite et d’extrême droite. On le voit sur le plateau de France TV comme on avait pu le voir chez les Grandes Gueules entre Daniel Riolo et Ian Brossat, en 2019. Reconnaître que des figures issues de la gauche ont elles aussi collaboré fissure un récit moral soigneusement entretenu, où la gauche apparaît immaculée tandis que la droite porterait seule, pour l’éternité et de façon héréditaire, le poids d’une faute presque centenaire.
Pourtant, il n’existe chez les Français aucune volonté d’effacer, de nier ou de minimiser les crimes de la collaboration, mais plutôt une exigence légitime d’une vérité pleinement assumée. De Gaulle rappelait que la France, ce n’était ni la gauche ni la droite, et l’examen rigoureux des faits historiques montre aujourd’hui que la collaboration répond à la même logique : « C’est tout à la fois. » Ce furent des Français, venus de tous les horizons politiques, qui commirent l’ignoble faute de pactiser avec l’occupant.
À gauche aussi, on a collaboré
Ainsi, l’Histoire, lorsqu’on la regarde sans œillères, révèle de nombreuses figures venues de la gauche et ayant glissé vers la collaboration, par idéologie ou par opportunisme. Marcel Déat, ancien militant socialiste, fonda le Rassemblement national populaire (RNP), un mouvement collaborationniste. Jacques Doriot, maire communiste de Saint-Denis, alla même jusqu’à s’engager sur le front de l’Est aux côtés des nazis. Henri Barbé, Simon Sabiani et bien d’autres suivirent des trajectoires similaires. Jean Luchaire n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, souvent moins connus du grand public.
Il faut aussi rappeler le vote du 10 juillet 1940, où l’Assemblée nationale majoritairement à gauche confia les pleins pouvoirs à Pétain. En effet, sur 846 inscrits, 669 votants, 569 pour, 80 contre : 339 élus de gauche votèrent pour, soit plus de la moitié des suffrages exprimés, dont au moins 174 issus de formations du Front populaire. Quant aux communistes, dont le parti fut dissous en raison du pacte germano-soviétique, ils ne rejoignirent réellement la Résistance qu’après l’invasion de l’URSS en 1941 en raison des accords d’entente et de non-agression entre les fidèles de Staline et d’Hitler.
Au final, Les Rayons et les Ombres apparaît comme un outil précieux : un rappel que l’Histoire de la France occupée est bien plus complexe qu’elle n’y paraît et, surtout, que la vérité ne se laisse jamais réduire aux schémas que certains voudraient imposer pour des raisons politiques.
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51 commentaires
Grâce a un article du figaro et du Canard enchaîné, on a appris ce soir .
Que l’inénarrable jack lang a fait tout un pataquès.
Car sa majesté a du faire la queue , 20 minutes, dimanche dernier au Mk2 Bastille.
Pour voir ce film.
Et ce fut une chose insupportable pour cette ancien ministre.
En vain aux personnels du cinéma qu’ils le fassent entrer dans la salle en priorité afin d’éviter plusieurs minutes d’attente sous le soleil parisien. Des confrères, qui disent avoir assisté à la scène, racontent que l’ancien locataire de la rue de Valois s’est indigné de voir la façon dont il était traité « après tout ce [qu’il] a fait pour la culture et pour le cinéma .
Libé n’a pas aimé ce « biopic » _sic. On se demande pourquoi ? Ca donne donc envie d’aller le voir. Le hic c’est 3h15 de durée pour ce film ( c’est long ). Moi aussi je croyais _ enfin, c’était l’idée en vogue _ que les collabos, naturellement, ne pouvaient pas être de gauche / ou à gauche. Un jour, je suis tombé sur un livre de Simon Epstein appelé : « Un paradoxe français », et je n’en suis pas revenu… Dans le récit officiel, la gauche = bien, pure etc Nombre de grandes figures étaient à gauche, SFIO, communistes etc Maintenant, pour imaginer ce que pense un média ( ou un intellectuel ) on se base sur… l’appréciation d’un film Curieuse époque !
Cher Roswall,
Je ne vais pas répéter ce que j’ai dit à M. de Mascureau et à d’autres lecteurs sur le fait que Jean Luchaire était moins un homme de gauche (de pure façade) qu’un arriviste sans scrupules et sans limites. Et c’est sous cet aspect réel et non superficiel qu’il faut voir ce film (avec quelques réserves de formes que j’ai voulu expliquer, avec d’autres lecteurs d’ailleurs).
En revanche, puisque vous parler des partis de gauche « gênés », ils le seront pour un bon motif si un cinéaste de la trempe de Giannoli présente la vie publique de Paul Faure, secrétaire général de la SFIO en 1940, si complaisant envers la Collaboration, qui réussit à ne pas être (trop) inquiété à la Libération, qui se fit oublier après-guerre et dont la SFIO et son « héritière » chercha à effacer la mémoire comme on essaye de faire disparaître la poussière du tapis.
Pour un parti de la « gauche morale », se disant héritier de Jean Jaurès, c’est peu glorieux.
Une remarque comparable peut-être faite à la LICRA, dont Jean Luchaire fut membre dès ses débuts.
Ce film montre surtout un homme qui devient collabo par opportunisme et par vénalité et beaucoup moins par conviction. Il n’était sûrement pas le seul qu’ils viennent de gauche ou de droite.
Il est peut être ridicule de parler de droite ou de gauche . On devrait parler de nationaliste et de mondialiste . Il y a aussi les pacifistes comme Giono qui sera accusé de collaboration. C’est une période compliquée que l’on ne peut juger des dizaines d’années après. Ma famille n’est pas concernée par la résistance ou la collaboration et moi même je ne sais pas ce que j’aurais fait ! Il suffit de pas grand chose pour choisir un camp !
Les médias dominants n admettront jamais les crimes de la gauche . Ils ont été obligé de tuer et c etait pour le bien du peuple. C est pas de leur faute.
Sauf que ce n’est pas le sujet du film. L’avez-vous vu, Arminius?
D’après Henri Amouroux: »40 millions de Pétainistes ». Ça fait du monde quand même, surtout rapporté à la population de l’époque…m’étonnerait qu’il y ait eu 40 millions de français de droite ou d’extrême droite! D’autre part, tous les pétainistes ne sont pas tous devenus collabo.
Ce qui est terrible , c’est que peu ou prou on savait tout cela , depuis bien longtemps , et qu’il suffisait d’ouvrir ses propres yeux et ses propres oreilles , bref d’alimenter soi-même son intelligence , au lieu de lui fournir la bouillie préfabriquée par les media et la classe politique.
Qui peut ignorer la galéjade du « parti des 75.000 fusillés » ? Qui peut oublier Thorez planqué à Moscou et Marchais au STO ?
Et la francisque mitterrandienne ?
Marchais, au STO ? Pas du tout : travailleur volontaire chez Messerschmitt-Bölkow.
Merci de la rectification.Il me semblait qu’il avait « devancé » le STO. C’est encore pire alors !
Vous avez raison, mais il fallait une sacrée curiosité ou doute face au récit habituel ( gauche = bien ). Ou dénicher un livre osant aborder des sujets qui fâchent… Actuellement avec Internet, les choses sont un peu plus abordables…
« la vérité ne se laisse jamais réduire aux schémas que certains voudraient imposer pour des raisons politiques. » En fait, la vérité se laisse constamment réduire aux schémas que certains imposent par l’intermédiaire de médias complices. Depuis 1945.
Film historique magnifique, qui montre notamment ces « résistants » qui apparaissent subitement dès que les Allemands partent mais, comme l’a vécu mon père, se cachent de nouveau si ils voient revenir un véhicule de la Wermarcht
La gauche, et c’est un fait, ne voit que ce qu’elle souhaite voir. La réalité lui échappe parce que tel est son bon plaisir. Elle oublie cependant que cette dernière finit toujours par nous rattraper quoi que l’on fasse.
N oublions pas non le rôle anti patriote des syndicats dont la CGT qui ont saboté des armes et des avions et qui sont de facto responsables de nombreux morts parmi les militaires.
L’histoire est le plus souvent écrite par les vainqueurs. Mais en 1945, elle fut dictée et imposée pour laver de toute responsabilité ceux qui étaient en fait les artisans de la défaite de 1940. Un grand bravo au réalisateur Xavier Giannoli pour rappeler une part de vérité.
Combien des 80 parlementaires réfractaire ont par la suite étaient membre de la résistance. La plupart sont restés tranquillement chez eux et ne sont ressortis qu’à la libération pour retrouver un poste. Je n’ai jamais trouvé de statistiques se référant au nombre de ceux qui furent de “véritables” résistants actifs pendant l’occupation. Ne parlons pas de ceux qui se précipitèrent sur le Massilia pour se mettre à l’abri. Aujourd’hui nous en sommes presque au même point avec la collaboration de la gauche favorisant l’invasion africaine et musulmane.
Et Maurice Thorez a été fait ministre à la Libération alors que certains qui en avaient fait moins que lui ont été fusillés .
Ministre d’Etat, soit n° 2 du gouvernement de de Gaulle, en tant que déserteur, probablement.
Excellent film, n’en déplaise aux gauchos. Mais comme toujours avec ces gens-là, « le premier qui dit la vérité… »