Arrêté par nos services en 2017, à tout juste vingt-quatre ans, Ismail Djabrailov s’apprêtait à commettre plusieurs attentats contre des clubs échangistes et des meetings de Marine Le Pen. Le typique profil du terroriste islamiste ? Pas vraiment, puisque né Clément Baur, dans une famille de la classe moyenne du Val-d’Oise. Papa est patron de PME et maman commerçante ; huit ans durant, il est enfant de chœur, la paraissant jouer un rôle primordial dans sa construction d’adolescent prêt à embrasser une vie d’adulte.

En 2001, les parents se séparent. Clément Baur n’a que huit ans. Sa mère refait sa vie à Nice, avec un militaire. Il préfère rester avec son père en Île-de-France. En 2007, à seulement quatorze ans, il ne se contente plus de vin de messe, et drogue s’étant invités dans son quotidien. Du coup, il part vivre avec sa mère, dans sa villégiature niçoise. Inscrit dans un lycée plutôt huppé, il est tôt en butte au harcèlement de ses camarades, étant même séquestré et violenté par les plus impitoyables d’entre eux. À la fois dévasté par la séparation de ses parents et laminé par la violence de ses camarades d’école, il se sent plus seul et abandonné que jamais. Les seuls à venir alors à son secours sont des jeunes de la communauté tchétchène locale. Là, il découvre des familles unies, une cohésion religieuse, des amis sur lesquels il peut enfin compter ; bref, mieux qu’un univers stable, une identité.

Assez logiquement, il se convertit à l’islam, cette lui offrant ce que le catholicisme de son enfance ne lui a pas donné : un sentiment d’appartenance communautaire. Contrairement à d’autres apprentis terroristes, Clément Baur n’a pas les neurones réduits en bouillie par le shit : doué pour les langues, il apprend vite l’anglais, maîtrise tout aussi rapidement l’arabe et le russe, parfois manié avec un fort accent tchétchène, don qui lui servira bientôt dans ses pérégrinations à venir.

Car c’est ainsi que, tout en se radicalisant au contact de ses nouveaux amis, il nargue les polices européennes, se faisant passer pour un ressortissant du Daguestan tout en résidant en Belgique. Il se fait désormais appeler Ismaïl Djabrailov et va jusqu’à demander, à quatre reprises, de 2012 à 2015, le statut de réfugié politique : deux fois outre-Quiévrain, une fois en France et l’autre en Allemagne. Sans succès. Puis il disparaît, avant d’être repéré par ces policiers plus forts qu’on ne le croit pour infiltrer Internet. D’où son arrestation, en 2017, avant que ses funestes projets ne soient mis à exécution ; ce qui pose, par ailleurs, le problème consistant à être jugé pour des crimes que l’on n’a pas encore commis, mais cela est encore une autre histoire.

Après, qu’en déduire ? Que notre société est peut-être malade, tout simplement. Que le divorce de masse produit des ravages sociaux dont on peine encore à mesurer l’ampleur. Que l’individualisme ambiant génère des Français, de souche comme de branche, tenant ces réseaux sociaux pour ultime planche de salut, leur permettant de se sentir, en groupe, un peu moins seuls ; comme si la jeune Mila n’était jamais que le reflet du tout aussi jeune Clément. Que le consumérisme n’est jamais qu’une machine infernale à produire des frustrés, de l’âme comme de la carte bleue : voitures qu’on ne pourra jamais conduire, vêtements qu’on ne pourra jamais porter, femmes dont on sait qu’on n’aura jamais les moyens de les séduire.

Embringué dans un humanisme au rabais, l’actuel catholicisme est impuissant face à cette demande spirituelle, tandis qu’un réduit à son expression la plus dévoyée a de plus en plus tendance à remplir ce vide existentiel, nos sociétés bienveillantes et inclusives n’ayant que si peu à offrir. Gay Pride ?  ? « Wokisme » à la sauce Sandrine Rousseau ou Alice Coffin ? Il y a donc certains égarements qui, à défaut d’être excusés, peuvent néanmoins s’expliquer. Plus que jamais, la balle est dans notre camp.

18 octobre 2021

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