L’« humiliation des salopes », traduction littérale de slut-shaming, un de ces divers néologismes joyeux issus du jargon progressiste du dictionnaire féministe, volume domination patriarcale, sous-chapitre offense facile. Slut-shaming, ou la stigmatisation de certaines femmes dont l’attitude ou le comportement sexué serait jugé « hors normes ». Mais à l’ère du relativisme pour tous, la norme, justement, c’est quoi ? La norme, c’est où, c’est quand, et qui oserait encore, à notre époque, se prévaloir de prérogatives assez bienveillantes pour oser en définir la substance ?

À l’époque de l’individu roi et des minorités reines, subsiste-t-il encore un reliquat de normativité qui assumerait le risque de proférer des vérités qui fâchent ? Justement, la norme, c’est qu’il n’y a plus de norme, qu’il est, depuis déjà un demi-siècle, interdit d’en avoir ou de s’en prévaloir, depuis qu’il est interdit d’interdire. Ou de corriger. Avec l’« ortho-shaming », sera-t-il bientôt également interdit de corriger les fautes d’orthographe ?

L’« ortho-shaming », attitude qui manque d’empathie, nous est promu comme un « comportement nauséabond fréquent sur les réseaux sociaux » où de plus en plus d’individus poussent le sadisme à relever les fautes d’autrui, parfois même en les humiliant. Selon une enquête Ipsos pour Le Robert, 96 % des Français se disent gênés lorsqu’ils font une faute d’orthographe, 12 % d’eux sont même honteux. Pis, l’expression même « faute d’orthographe » insinue une notion d’égarement moral, de péché Bescherelle.

« Le fait que l’on parle de fautes et non d’erreurs […] explique largement la tension émotionnelle autour de l’orthographe : quand on se trompe, on ne commet pas une erreur que l’on peut corriger, mais une faute intentionnelle de nuire à la et de transgresser les règles », nous prêche Julie, « auteure » de blog, qui prend son bâton de pèlerin pour nous sensibiliser à la problématique de l’« orthographophobie » et de l’« ortho-shaming ».

Image du mauvais élève, marqueur social, , discours haineux, négation de convictions ou d’émotions, chauvinisme, larvé, discrédit d’opinions tranchées, notamment au sujet du . Êtres sans cœur, pédanterie grammaticale, trouble obsessionnel-compulsif, pulsions incontrôlables, le « français est complexe, et on aime se flatter l’ego de maîtriser une compétence complexe ». Qui aime bien châtie bien, me disait ma grand-mère qui ne jurait que par ; et honni celui qui, de nos jours, s’enorgueillit de maîtriser les subtilités de Proust et de Balzac.

Certes, que celui qui n’a pas fauté jette la première pierre, mais à l’époque du délire de l’écriture inclusive, du délitement de l’ nationale et d’un nivellement vers le bas à tous les étages, où le rap est enseigné à l’école, à l’époque du wesh et du bac pour tous, en ces sombres temps du tout vaut tout, du relativisme culturel ou plus rien ne vaut rien, de mélange des genres toutes catégories confondues, le persévère dans sa politique de la terre brûlée. Tout doit partir. Et comme le fredonne Aya Nakamura, récemment canonisée ambassadrice de la langue française, « Oh, Djadja (Djadja) Y a pas moyen Djadja (Djadja) J’suis pas ta catin Djadja , en catchana baby, tu dead ça (oh-yeah). » CQFD.

3 décembre 2020

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