Donnie Yen est un génie, on ne le dira jamais assez. Moins rapide que Bruce Lee, moins contorsionniste que Jackie Chan, moins puissant que Jet Li, l’acteur-réalisateur cantonais surclasse néanmoins tous ses prédécesseurs dans la finesse et la précision de sa technique de combat.

Rendu célèbre avec la saga Ip Man – du nom du fameux maître de Wing Chun qui forma notamment Bruce Lee –, Donnie Yen vit sa carrière décoller à Hong Kong au courant des années 2000 et apparaît désormais dans des grandes productions hollywoodiennes : Mulan, Star Wars ou encore John Wick 4.

Lui qui a bien failli jouer en 2021 dans Shang-Chi, un film américain de super-héros produit par Marvel, déclarait ceci à propos de son nouveau long-métrage Sakra, la légende des demi-dieux : « Je veux mettre à profit mon expérience et me consacrer à la réalisation de films comportant des éléments chinois, une histoire chinoise et des acteurs chinois, afin de contribuer à l’essor de l’ensemble du cinéma chinois. Car lorsque je regarde le succès commercial de Marvel, j’ai l’impression qu’il y a tellement de choses que je pourrais faire avec ma propre culture, qui seraient tout aussi bonnes, voire meilleures. Vous savez, le wuxia, c’est le Marvel chinois, mais avec une histoire et une culture beaucoup plus riches. Cela remonte à des milliers d’années. »

Le wuxia, rappelons-le, est un genre littéraire apparu sous les Tang (618-907) et popularisé sous les Song (960-1279) ayant pour héros la figure du chevalier errant, redresseur de torts. En somme, le pendant chinois au roman français de cape et d’épée. L’œuvre la plus connue en la matière étant La Pérégrination vers l'Ouest, écrite sous les Ming par Wu Cheng'en, dont s’est inspiré Akira Toriyama avec son célèbre Dragon Ball

À partir des années 1920, le wuxia a donné lieu à un nouveau genre cinématographique, le wuxianpian, qui connut son plein essor dans les années 60-70 grâce aux studios Shaw Brothers. Depuis, on ne compte plus le nombre de films qui s’inscrivent dans cette tradition. On pense, évidemment, au cinéma de Tsui Hark (la saga Il était une fois en Chine), de John Woo (Les Trois Royaumes) ou du Taïwanais Ang Lee (Tigre et Dragon).

Sorti tout récemment dans nos salles, Sakra, la légende des demi-dieux est tiré du roman Demi-dieux et semi-démons de Jin Yong, publié dans les années 1960. Le récit se déroule sous la dynastie des Song, au Xe siècle, à une époque où le pouvoir en place est harcelé sur ses frontières par les Khitan de la dynastie Liao et, dans une moindre mesure, par les Tangut du royaume de Xi-Xia.

Fidèle aux Song depuis toujours, Qiao Feng (prononcer Tchiou Fong), chef du gang des Mendiants, se trouve accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis. La victime, dit-on, aurait découvert la vérité sur les origines khitanes de son assassin… Contraint alors à l’exil, Qiao Feng est déterminé à prouver son innocence et à faire la lumière sur le secret de sa naissance. Un long périple pour l’honneur qui amènera notre héros à relativiser aussi bien son attachement aux Song que sa haine des Khitan. Le tout ponctué de combats aussi époustouflants qu’irréalistes dans la veine de Marvel : les amateurs de Chinois volants qui font des bonds de trente mètres, sautent d’un toit à l’autre et courent sur les murs, seront ravis. Les autres risquent d’être quelque peu désarçonnés. Et ce ne sont pas les aléas d’un scénario alambiqué aux dialogues maladroits ni le rajeunissement raté de Donnie Yen qui parviendront à les convaincre.

Toujours est-il que l’on comprend aisément la démarche initiale de l’acteur-réalisateur. Il n’est pas impossible que nos salles occidentales, dans les prochaines décennies, deviennent le théâtre d’une guerre culturelle impitoyable entre les États-Unis et la Chine. Cette dernière aura cependant beaucoup à faire pour rattraper son retard…

2,5 étoiles sur 5

https://www.youtube.com/watch?v=Wc5JGqt0p_E

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 29/05/2023 à 21:53.

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27 mai 2023 à 12:15

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3 commentaires

  1. Il est bien difficile de contrer l’invasion de cette science fiction d’arriérés imaginée par Marvel, et je ne suis pas certain que le salut viendra de la Chine, mais il faut tout de même reconnaitre que la qualité de ces chiniaiseries martiales augmente constamment et devient presque tolérable. Reste à savoir si le public d’amateurs soit le même pour les deux genres, le kung-fu n’étant pas de la science-fiction, même si ces Chinois finissent par sauter aussi haut que Batman …

  2. Le Karaté Manchot m’avait bien fait rire mais on se lasse vite de ces joutes à mains nues ou armes blanches soutenues par des regards terribles et des sourires pleins de morgue. Qui y croit ?

    1. Qui y croit ? Le même qui va voir un dieu monté sur une hache sauver le monde.

      Les films asiatiques de kung-fu transmettent un autre message inlassablement : le super pouvoir est en toi, forme ton corps, ton cœur et ton esprit pour combattre et accepter les conséquences. ;-)

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