Editoriaux - International - 21 août 2019

Chasse au trésor virtuelle, coup d’un soir et révolution à Hong Kong !

Les incontrôlables réseaux sociaux sont une menace pour une dictature : Bachar el-Assad l’avait bien compris en 2011 en restreignant l’accès à Facebook dès le début de la contestation syrienne dans le sillage de la révolution de jasmin. L’utilisation de ce réseau social comme média alternatif et comme moyen d’organiser, au sein de groupes hétérogènes, une communication efficiente a sans aucun doute contribué significativement à la chute de son alter ego, le Tunisien Ben Ali. Pour l’avoir constaté avec mes amis tunisiens, Facebook avait effectivement entre 12 et 48 heures d’avance sur les médias dits « mainstream » occidentaux.

Twitter est interdit en Chine continentale. Ce n’est pas étonnant. Cela n’a pas empêché les autorités chinoises de créer 936 comptes (désactivés, depuis, par la plate-forme à l’oiseau bleu) pour diffuser sa propagande de façon massive et coordonnée, afin de contrer l’opposition à Hong Kong. Facebook serait moins utilisé. Les bonnes vieilles ficelles de la Propagandastaffel du Dr. Joseph Goebbels sont toujours en vogue sous certains régimes autoritaires, il n’y a que les moyens techniques qui se modernisent. Mais gardons-nous d’applaudir : il s’agit bien d’une censure privée qui nous révolte quand elle se produit ici, quand certaines idéologies estampillées « bien-pensantes » en profitent pour museler l’expression d’une opposition. Les réponses acceptables à la censure, qu’elle émane d’un État, d’un parti, d’un média ou d’une entreprise privée, sont au nombre de trois. Dans le temps court, le courage de dire inlassablement ce que l’on perçoit comme la vérité. Pour le temps long, les solutions sont l’éducation, surtout au doute et à l’esprit critique, et d’autre part le respect d’une déontologie exigeante par ceux qui sont en charge d’informer.

L’inventivité des dissidents hongkongais face à l’adversaire chinois est connue, les médias s’en font l’écho : les cônes de Lübeck et des casseroles pour neutraliser les grenades lacrymogènes, les lasers pour aveugler les systèmes de reconnaissance faciale éventuellement déployés par un régime policier. Pour communiquer et s’organiser entre eux, ils usent de messageries cryptées comme WhatsApp ou Telegram, bien sûr. AirDrop sert de vecteur pour la diffusion virale d’informations sur les mobilisations à venir. Mais ils usent aussi de Tinder, l’application phare des rendez-vous d’un soir. Des « alibis » sont fournis avec l’application Pokemon GO : fort opportunément, il est possible de jouer aux endroits précis où une manifestation se déroule. Et il y a certainement d’autres vecteurs d’information et de communication qui restent sous la ligne de flottaison.

Se pose à moi ce problème moral de grande importance. Dans l’hypothèse pas si improbable où je deviendrais un séditieux résolu, actif et hostile à un pouvoir aux tendances totalitaires affirmées (je ne vise personne d’autre que qui vous savez), comment pourrais-je expliquer à mes geeks d’enfants l’installation sur mon téléphone d’un Pokemon GO sans rougir de honte, comment justifier à mon épouse la présence d’une application Tinder qui ne serait en rien un accroc à la fidélité promise lors de notre mariage ? Toute aide argumentative est bienvenue.

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