Editoriaux - Politique - 21 août 2019

Joseph Zimet, Muriel Pénicaud, Jean-Marc Borello : la Macronie est une affaire de coups de foudre

Décidément, la politique est une affaire de couples, et de coups de foudre. Et la Macronie n’est pas en reste. Peut-être un souvenir de son ADN originel : François-Ségolène ? Ou faut-il remonter plus loin ? Tiens, rien que ces jours-ci, elle peut aligner deux couples, deux coups de foudre entre des personnalités atypiques.

En effet, mardi, l’Élysée a fait savoir que Sylvain Fort, le conseiller en communication et la plume « Histoire » du Président, qui avait quitté le navire en janvier dernier, avait enfin été remplacé. L’heureux élu est Joseph Zimet. Son nom ne vous dit rien ? Le mari de Rama Yade. Un portrait de Libération de 2014 nous narre le « coup de foudre » et nous rappelle son parcours politique : mairie de Paris avec Delanoë en 2001, cabinet de Jean-Marie Bockel, ministre de gauche de Sarkozy en 2007, histoire, dit-il, de « monter sur le manège pour garder [sa] femme [et de ne pas] rester à quai ». C’est une conception de l’engagement politique, façon « Tournez manège ! » (Pour les plus jeunes, il s’agit d’un « jeu télévisuel matrimonial » diffusé par TF1 de 1985 à 1993 et présenté par Évelyne Leclercq, Simone Garnier et Fabienne Égal.) Un manège qui lui vaudra, de 2012 à 2018, d’être maintenu par ses deux successeurs à la tête de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale où Nicolas Sarkozy (encore lui) l’avait nommé. Finalement, notre Joseph Zimet était un macronien avant l’heure. À moins que la Macronie ne soit que la poursuite du socialo-sarkozysme…

Mais l’autre “couple” de la Macronie dont Paris Match nous relate le « coup de foudre » avec tout le poids des mots nécessaire est encore plus surprenant : Muriel Pénicaud et Jean-Marc Borello ! Muriel Pénicaud n’est plus à présenter. Jean-Marc Borello, l’un des fondateurs d’En Marche !, qui aurait pu, comme elle, entrer au gouvernement en 2017, est décrit, toujours par Libération, dans un portrait de novembre dernier, comme un homme « aussi atypique qu’incontournable [qui a] fait ses armes dans trois univers parallèles, le monde associatif, celui de la nuit et la politique ». Wikipédia vous apprendra qu’ayant débuté comme éducateur spécialisé, il entre en 1981 au cabinet de Gaston Defferre (eh oui, la Macronie a aussi sa préhistoire…). Il est surtout connu pour son action d’abord bénévole, puis salariée, et enfin en tant que président du directoire du groupe SOS, avatar du SOS Drogue International de Régine. Homosexuel très engagé dans la lutte contre le SIDA, il agglomère une kyrielle d’associations au groupe SOS qui devient ainsi le premier acteur associatif dans ce domaine. Parfois surnommé « le Bernard Tapie » ou « l’industriel » du social, il fait aussi l’objet de controverses sur ses méthodes de gestion. Le Monde révèle aussi le conflit d’intérêts relevé par l’Agence nationale de contrôle du logement social, avec quatre dirigeants du groupe SOS ayant bénéficié de conditions très avantageuses pour acheter des appartements faisant partie du patrimoine immobilier du groupe, estimé à 500 millions d’euros. Et puis il est aussi étroitement lié à l’affaire des Tournelles, ce château avec piscine, jacuzzi, salle de projection et parc avec kangourous dont le directeur est soupçonné de viol sur un mineur, et condamné à douze ans de prison en 2004. Mais ce sont surtout deux articles de décembre dernier, dans Le Monde et dans Libération, qui défraient la chronique en relatant des accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles dont auraient été victimes plusieurs anciens employés. Jean-Marc Borello invoquera la « culture du groupe ».

Dernière nouvelle du couple de l’été, sans que l’on saisisse bien la nature de ce “coup de foudre” : Muriel Pénicaud, 64 ans, et Jean-Marc Borello, 61 ans, ces vétérans des années Mitterrand, ont fondé les VAM, les Vieux avec Macron. La boucle est bouclée.

Il n’est pas beau, le « Tournez manège ! » animé par Emmanuel Macron ?

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