Dans son tuto anti-machos pour réveillons en famille, la pétroleuse Caroline De Haas se plaint des misères physiques liées à son sexe, menstruations douloureuses et fantaisies y afférentes. C’est fin, c’est délicat, bref, un sommet de bon goût à nul autre pareil. Encore n’a-t-elle pas matière à détailler ses accouchements, sans quoi les convives y auraient droit entre le foie gras et la dinde. Pardon, le chapon (enfin un mâle castré !).

Madame De Haas n’ose pas accuser les hommes de ces épouvantables contraintes que la nature nous inflige ; elle leur reproche de ne pas en souffrir, y voyant une preuve que l’univers, lui aussi, n’est qu’un affreux macho.

Madame De Haas a tort. Elle devrait, au contraire, se réjouir de ces particularismes réservés aux femelles car ce sont eux qui leur font la vie longue et, en ces temps funestes de pandémie mortifère, les protègent du virus sournois.

Ben oui, on le constate depuis les premiers Chinois au tapis : les hommes sont majoritairement touchés par le SARS-CoV-2. Dès le printemps, on signalait une différence « très nette pour les nombres de cas graves, avec 73 % d’hommes lors des admissions en service de réanimation ». Une proportion un peu plus faible pour les décès, « mais toujours significative, avec 57 % d’hommes ». En Italie et en Espagne c’était deux fois plus d’hommes décédés que de femmes, un excès de mortalité quasiment identique à l’épidémie de SRAS en 2002-2003.

On a cherché des explications dans le mode de vie : tabagisme, mauvaise hygiène alimentaire, alcoolisme, obésité… Oui, mais pas que, comme on dit aujourd’hui. La comorbidité n’explique pas tout, et puis il y a un moment que les femmes ont rattrapé les hommes en matière d’obésité et de malbouffe, sans parler du tabagisme qui est encore et toujours, pour beaucoup, un signe d’émancipation. Alors ?

Alors la nature nous a ainsi faites : plus solides, plus résistantes. « Certains chercheurs avancent aussi une raison plus fondamentale, qui serait liée à la réponse biologique de l’organisme. Des recherches montrent ainsi que les organismes féminins ont une meilleure réponse immunitaire face à certaines infections virales, comme le VIH ou l’hépatite C », nous disait-on, en mars dernier. Et si cette hypothèse reposait sur des tests effectués en 2017 sur des souris exposées à des coronavirus, on n’avait alors aucune donnée objective pour le Covid-19.

Dix mois et deux confinements sont passés par là. On en sait plus, aujourd’hui : « Dans la plupart des régions du monde, les hommes ont un risque multiplié par 1,5 à 2 de faire une infection sévère par rapport aux femmes », rappelle, au Figaro, le Pr Rodolphe Thiébaut, directeur du département de recherche en Santé publique à l’université de Bordeaux. Les recherches conduites depuis le printemps le prouvent : il y a, effectivement, un avantage biologique pour les femmes. Soit « une particularité qui pourrait être liée au gène TLR7, présent sur le chromosome X », un gène important dans la production d’interféron.

C’est là où Caroline De Haas devrait se réjouir, car « pour faire simple, dit le Pr Thiébaut, les femmes étant dotées de deux exemplaires du chromosome X, leurs cellules immunitaires vont naturellement avoir plus de capacités de production d’interféron et lorsque le gène TLR7 est altéré, elles vont pouvoir compenser avec le second, contrairement aux hommes qui ne possèdent qu’un exemplaire du chromosome X ».

Autre piste mise en avant par des chercheurs français : l’influence des hormones… Alors, chère Caroline, vous reprendrez bien un peu d’œstrogènes ?

Nos chercheurs tirent de tout cela une conclusion que j’ose à peine vous révéler ici : « envisager des stratégies médicales ou vaccinales adaptées au sexe ». J’en frémis…

29 décembre 2020

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