L’abbé Fabrice Loiseau est le fondateur et supérieur des Missionnaires de la Miséricorde divine, communauté qui repose sur trois piliers : la miséricorde, l’adoration et l’évangélisation, en particulier auprès des musulmans.

Un an après l’assassinat du père Hamel par des terroristes islamistes et fort de son expérience de terrain, il donne sa vision de l’islam en France et sur une possible cohabitation avec les chrétiens.

Le 26 juillet 2016, le père Hamel tombait sous le couteau de deux terroristes islamistes.
Comment aviez-vous vécu cette journée à cette époque-là ?

Pour nous, c’était la fin des JMJ.
Notre évêque nous l’a annoncé. Il l’a fait devant les 2000 jeunes du diocèse qui étaient là.
Dans un premier temps, ce fut évidemment un traumatisme pour beaucoup.
Beaucoup de jeunes ont compris que c’était une éventualité qui pouvait arriver n’importe où, dans n’importe quelle église, et que n’importe quel endroit retiré pouvait être l’occasion d’un tel drame.
Dans un deuxième temps, cela a été vécu dans la prière et la paix.
On savait qu’on avait un prêtre français martyr qui intercéderait à la fois pour les musulmans et pour notre Église de France.

Vous avez beaucoup travaillé sur la question de l’.
Est-ce que votre vision sur l’Islam, sur une possible cohabitation a changé après cet événement ou est-ce qu’au contraire cela a conforté vos idées sur ce point ?

Cela n’a pas changé quoi que se soit sur les relations que l’on avait ou sur ce que je pensais sur l’Islam.
Dans le cadre de notre communauté, les Missionnaires de la miséricorde, je distingue bien la question des personnes, de celle de l’Islam.
Je vois dans tout musulman un frère et un chercheur de Dieu.
On doit garder cette charité, cette compréhension du phénomène religieux, de la vertu naturelle de religion, et donc du respect du chaque homme. C’est ce que le Concile nous invite à découvrir.
En même temps, j’avoue avoir un jugement sévère sur l’Islam et sur la manière dont cette religion peut être vécue dans beaucoup d’endroits, et particulièrement en France.
L’assassinat du père Hamel mais aussi les 260 morts des attentats en 2 ans n’ont fait que conforté hélas la gravité de la situation.
Je pense qu’il y a un gros problème théologique dans l’Islam aujourd’hui. Il a toujours été, mais tout particulièrement aujourd’hui et en France.
Je vois que l’UOIF est incapable d’analyser un tel événement.
Je condamne tout à fait ceux qui disent que cela n’a rien à voir avec l’Islam.
On est bien d’accord qu’il ne s’agit pas de tous les musulmans et de tout l’Islam.
Toutefois, hélas, cette interprétation violente prend ses sources dans le Coran et dans les hadiths.
Il est inutile de dire que cela n’a rien à voir avec l’islam. C’est un mensonge de dire cela.
J’ai peur que nous allions vers une impasse.

Être prêtre aujourd’hui est devenu un métier dangereux.
Comment avez-vous traité cette question avec les prêtres et les séminaristes dont vous êtes responsables ?

Pour nous, cela n’a rien changé dans notre attitude.
Nous sommes bien sûr toujours appelés à évangéliser avec le même désir.
Je les ai appelés à prier le père Hamel pour lui demander sa protection, puisqu’il est martyr.
Il faut être ni dans la crainte ni de provocation.
Il faut rester soi-même avec le même désir d’annoncer la Foi.
On sait que cela peut arriver n’importe-où, comme on sait qu’on peut avoir de l’audace pendant des années et ne jamais être embêtés.
Il ne sert à rien d’avoir peur.
Je les ai vraiment encouragés à ne pas avoir peur, à être dans la simplicité, la charité vis-à-vis des musulmans, le respect des personnes, et en même temps l’annonce de la Révélation.
Il faut aussi dire la vérité aux musulmans.
Je crois que plus nous cèderons à la crainte, à la peur et au manque d’esprit missionnaire, plus l’Islam violent avancera.
Il est très important que nous ayons une identité forte et une annonce de la Foi de plus en plus forte et dire nos vérités aux musulmans.
Plus nous reculerons par peur, plus nous cèderons la place au terrorisme.

Vous qui êtes en contact avec les musulmans, avez-vous eu des retours de la communauté musulmane même dans sa branche la plus radicale ?
Est-ce que vous avez l’impression que cela a pu choquer, peut-être quelque chose de plus dénoncé que les attentats de manière générale parce que cela touchait au sacré ?

Certains sont effectivement venus nous le dire avec beaucoup de respect et de délicatesse.
D’autres non.
L’Islam est une réalité complexe. Il y a eu toutes les attitudes.
Il est certain qu’il y a plus de manifestations que pour les autres attentats vis-à-vis de nous.
Certains n’ont néanmoins pas changé d’attitude.
Certains sont favorables à une évolution de l’Islam comme les salafistes dit « spirituels », qui sont pour l’application de la Charria, mais qui ne sont pas favorables au terrorisme.
Certains prennent cet attentat comme quelque chose de vulgaire et grossier, mais ils ne savent pas condamner ou faire une herméneutique des appels au meurtre qu’il y a dans les hadiths ou dans le coran.
Il y a un lien abstrait.
Je sens la communauté musulmane un peu dépassée par ces drames. Je sens une grande difficulté de faire une synthèse théologique.
Certains réagissent avec du bon sens et une réelle compassion. C’est déjà cela.
Il y a cependant peu de réponses théologiques pour faire une herméneutique de toute la violence qu’il y a dans les hadiths ou dans la vie du prophète.

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