Qu’est-ce que l’emploi récurrent du terme « guerre » pour décrire un virus grippal, certes mondial mais si peu létal, dit de notre société hypocondriaque ? Il est utile de puiser dans les ouvrages documentés et rigoureux de l’historien Alain Corbin, grand connaisseur de la société française depuis le XIXe siècle.

Dans Sois sage, c’est la guerre !, il dépeint sa vie quotidienne dans son village normand : « J’avais quatre ans en 1940. Mes impressions et mes émotions de ce temps-là sont restées intactes dans ma mémoire : celles d’un petit garçon qui traversa la guerre plus qu’il ne la subit. » Si comparaison n’est pas raison, il n’est pas pertinent ni utile, pas honnête ni décent, que nos gouvernants, politiciens de bureau et chefs de guerre d’opérette emploient les mêmes termes qui décrivent la Seconde Guerre mondiale, avec ses soixante millions de victimes, ou celles qui ont suivi jusqu’à aujourd’hui, pour décrire la pandémie la moins meurtrière de l’Histoire, avec un taux mondial de mortalité de 2% – très inférieur en France.

Quels souvenirs garderont de cette époque hystérique nos enfants âgés aujourd’hui de moins de dix ans, et sur quelles bases démarrent-ils une longue vie de captivité organisée, de plus en plus séparés physiquement et affectivement de leur entourage familial ? Ces bambins s’habituent de plus ou moins bonne grâce à porter des masques défigurants et étouffants – au propre comme au figuré – dont des parents obéissants se disent si fiers de montrer les « jolies décorations » pour faire semblant de se rassurer eux-mêmes, davantage que leur progéniture. Car quelle que soit sa forme et ses coloriages, le masque sanitaire restera toujours l’accessoire hideux d’un carnaval dérisoire et permanent, dont on connaît maintenant les effets délétères sur la santé physique et mentale, sociale et morale.

Dans Une histoire des sens, Corbin nous décrit la société française du début du XIXe, d’une ressemblance troublante avec la nôtre : la Révolution « a ancré le sentiment de la fragilité des ordres, le sens de l’éphémère, la notion d’équilibre provisoire, l’intense conviction de l’éparpillement des éléments qui composent la société ». Déjà, la tyrannie des intérêts avait instauré « l’arène de la cupidité, le théâtre de la jouissance, le règne de l’argent. Ce siècle est un monstre, un hybride qui sépare le passé de l’avenir et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris. »

Quels « progrès » a-t-on réellement faits depuis deux cents ans de déconstruction de nos sociétés traditionnelles, d’asservissement consenti des personnes humaines à des « intérêts supérieurs », droit-de-l’hommisme d’imposture qui n’a, dans le fond, rien amélioré des conditions de vie qui régnaient sous l’Ancien Régime ? Si l’on mesure bien les pertes accumulées sous les idéologies progressistes soi-disant éclairées, on en cherche vainement les véritables profits pour l’être humain soi-disant libéré. Est-ce que l’augmentation de l’espérance moyenne de vie, évoquée généralement selon des critères strictement quantitatifs, s’accompagne d’une réelle amélioration qualitative de vie, quand on considère tous les carcans socio-politiques imposés et les souffrances quotidiennes endurées dans une société ensauvagée et cadenassée ?

C’est une guerre des nerfs et d’usure des libertés que nous livrent, aujourd’hui, nos propres gouvernants technocrates. Si l’on continue sur ces errements, nos enfants conditionnés garderont toute leur vie le souvenir flou d’un passé truqué, qui aura commencé en « l’an Covid-19 ». Traités comme des enfants irresponsables, les adultes sont eux-mêmes soumis à l’impératif « Sois sage, c’est la guerre » dans tous les actes désormais régentés de la vie quotidienne.

Il est temps de se réveiller et de résister par tous les moyens, avant que la grenouille citoyenne ne soit totalement et définitivement engourdie par l’eau qui chauffe, lentement mais continûment et sûrement, dans la casserole étatique.

26 décembre 2020

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