Bérangère Corniglion est éleveuse de bovins avec son mari dans la vallée de la Vésubie (Alpes-Maritimes). Leur exploitation agricole a été durement touchée par la catastrophe, la semaine dernière. Encore coupée du monde, elle témoigne pour Boulevard Voltaire.

Sa fille a lancé une cagnotte pour essayer de sauver l’exploitation agricole.

 

Vous êtes éleveuse dans Le Vésubien et avait pris la tempête en pleine « figure ». Quelle est votre situation ?

Mon mari est éleveur bovin dans la Vésubie depuis plus de trente ans. Lorsque la tempête est arrivée, nous étions dans nos alpages, au-dessus de Saint-Martin-Vésubie, où nous sommes toujours puisque nous sommes bloqués. C’est là que se situe notre exploitation agricole. Nous avons aussi des terrains et une ferme qui se situaient à Roquebillère, je dis “situaient” parce que tout a été emporté.

Avez-vous tout perdu ?

Nous avons eu la chance que mon beau frère soit sur place à Roquebillère. Par conséquent, nous n’avons pas perdu notre domicile. Nous avons perdu la ferme, les prés et un centre équestre. Son exploitante a pu se sauver et a pu sauver les chevaux, mais elle ne pourra plus travailler-là, puisque les bâtiments sont au trois quarts partis voire totalement pour certains.

Un de vos proches a ouvert une cagnotte Leetchi pour subvenir aux besoins des pertes.
200 000 euros sont estimés pour sauver l’exploitation. Quel est le plus urgent ?

Je ne sais pas où en est la cagnotte puisque c’est notre fille aînée qui l’a organisée et elle se trouve en région parisienne. De là où nous sommes, nous avons de grosses difficultés à communiquer. Parfois, je ne peux pas appeler et le portable de mon mari ne fonctionne plus du tout. Nous sommes coupés du monde. En ce qui concerne les besoins, une partie du bâtiment a été emporté. Le pré qui accueillait les animaux a disparu. Un camion est parti à vau-l’eau. La machine à traire, la chaîne à fumier et la barrière de contention sont parties. Il y a de gros besoins. Nous avons retrouvé des bêtes que mon beau frère avait libérées de l’étable de la ferme pour éviter qu’elles meurent noyées le cas échéant, on vient d’en retrouver une partie. J’ai bien peur que les autres soient perdues. Nous avons le souci de celles qui sont en alpage. Selon la saison, nous les gardons le plus longtemps possible en alpage parce qu’on peut ainsi leur donner à manger. Nous ne savons pas du tout où nous allons mettre la soixantaine de bêtes, pendant l’hiver. Je ne sais pas quand et comment nous allons pouvoir rétablir la liaison entre Saint-Martin-Vésubie et Roquebillère. On est en train d’évacuer les Saint-Martinois. Puisqu’il n’y a plus d’électricité, ni d’eau potable.

Depuis les trois derniers mois, il n’y a quasiment pas plu. La tempête Alex a tout fait tomber.
Étiez-vous au courant que cette tempête se préparait ?

Géographiquement, notre territoire est sous le régime méditerranéen, avec un régime torrentiel, donc des chutes d’eau très fortes, limitées dans le temps qui créent parfois des dégâts. Il y a déjà eu des inondations, mais de mémoire, et malgré tous les récits des anciens, rien de comparable n’était arrivé. Il y a eu une conjonction de plusieurs phénomènes.
Oui, nous étions en alerte rouge. Actuellement, on met par prudence et très fréquemment des alertes. Je ne critique pas le principe, mais on finit par s’y habituer. Je suis bloquée chez moi puisque la route a été emportée, mais lorsque j’ai pu m’approcher de la vallée de la Vésubie, on a pu voir l’étendue des dégâts qui se sont aggravés en 24 heures. Aujourd’hui, le beau temps est revenu. La Suisse niçoise, le bijou de la Vésubie, n’existe plus. Pour que La Vésubie ressemble à nouveau à quelque chose, il faudra des dizaines années. Des dizaines de chalets sont partis. C’est effroyable à voir ! On voit très bien de chez nous d’où sont parties les plus grosses coulées. Pour vous donner une idée, on est à 400 mètres au-dessus de la rivière et la nuit de vendredi toute la maison tremblait, comme un bruit de concasseur.

Avez-vous eu peur pour votre vie ?

Nous non, puisque nous sommes en hauteur. Nous n’avons pas compris ce qu’il se passait. Nous pensions que le cours d’eau qui se trouve dans la vallée aurait doublé, triplé ou quadruplé surtout en cette saison. Nous n’aurions jamais pensé à cette catastrophe.

5 octobre 2020

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