Cinéma - Culture - Editoriaux - 10 mars 2019

Captain Marvel : touche pas à mon super-héros ! 

Scandale chez les super-héros ! Après avoir eu plusieurs avatars (tantôt masculins, tantôt féminins) en bande dessinée, le dernier Captain Marvel est une femme au cinéma ! Au-delà de la sortie de ce blockbuster estampillé Marvel Studios (le 6 mars, en France), il y a une logique tant commerciale que sociétale qu’il convient de saisir. Car ce que Ray Kurzweil avait prophétisé dans son essai intitulé The Singularity Is Near: When Humans Transcend Biology (« La singularité est proche : quand l’homme transcende la biologie », publié en France, en 2005, sous le titre Humanité 2.0 : La Bible du changement) est en train de s’accomplir, de façon très caricaturale, sur le grand écran : une jeune femme, humaine initialement, transformée en « race supérieure » grâce à une technologie extraterrestre. Le cinéma américain semble faire, bel et bien, le lit du projet transhumaniste de la Silicon Valley.

Entre la demande et l’offre qui se nourrissent réciproquement, le nouveau super-héros doit se concevoir en faveur de l’inclusion, voire de l’intersection : un croisement individuel autant des races que des genres. Trois ans après la première élection de Barack Obama à la tête de la Maison-Blanche, les dirigeants de Marvel Comics avaient conclu qu’il fallait remettre les origines ethniques de Spider-Man (« l’homme araignée ») au goût du jour : Peter Parker devait disparaître pour laisser place à Miles Morales, aux origines latinos et africaines. Le passage d’un Captain Marvel, originellement blond et musclé (dès 1967), à cette ultime version cinématographique, après l’apogée métapolitique de LGBTQ+ et la révolution néo-féministe #MeToo, n’est bien évidemment pas un hasard. En Californie, la morale publique et les intérêts économiques ont toujours fait bon ménage.

La figure du héros, en soi, est intéressante parce qu’elle constitue le symbole censé représenter l’archétype de l’être humain idéal conformément aux canons de son époque. Captain America (le premier héros humain imaginé en 1940) devait incarner le soldat surhumain par excellence : la meilleure résistance face aux nazis aux qualités esthétiques – blondeur et blancheur des dents –, mais aussi physiques (déjà grâce à la science !) et morales absolument parfaites. Avant l’heure, la figure de l’Américain modèle produisait, inconsciemment ou pas, les conditions de possibilité de son propre point Godwin. Alors, cette Captain Marvel, blonde et charismatique – l’actrice choisie pour interpréter le rôle, Brie Larson, est d’origine suédoise –, doit représenter le surhomme du jour et du lendemain.

Le cinéma a toujours été l’instrument majeur d’une propagande devant préparer psycho-sociologiquement les masses à adopter un imaginaire prétendument fédérateur. Le cinéma français, à sa toute petite échelle, n’est pas en reste dans son apologie des minorités. À ce sujet, Guy Debord avait conçu le palindrome “In girum imus nocte et consumimur igni”, qui signifie « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu ». Cette formule, inspirée par Virgile, annonçait un monde nécessairement baroque, décadent et totalitaire en tant que société du spectacle. Parce que si l’image ne passe pas, l’émotion trépasse. Et l’homme ne pense plus quand il ne fait que voir. À l’évidence, cette époque est celle des idolâtres. Alors, à quand le super-héros transgenre, afro-asiatique et « vegan » ?

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