Editoriaux - International - 30 novembre 2019

Canada : vers un nouveau recul de la francophonie ?

Il est fortement question de fermer le consulat général de France de Moncton dans moins de trois ans. C’est là l’annonce d’une faute politique qu’il convient absolument d’éviter.

Moncton, capitale économique du Nouveau-Brunswick, est au centre géographique et politique d’une entité francophone remarquable nommée Acadie. À deux heures et demie d’avion de Montréal, quasiment en face de nos rivages atlantiques, cette ville est le cœur d’une communauté incroyablement vivante, attachée à sa langue et luttant au quotidien pour la survie d’une culture et d’une mémoire qui sont aussi les nôtres.

Le consulat général de France, en fait véritable ambassade de notre pays dans les provinces maritimes du Canada, n’est pas seulement, comme on pourrait le penser à tort, un lieu où se règlent des problèmes de visas, de papiers égarés ou de rapatriement sanitaire. C’est un endroit stratégique d’où la France s’exprime aussi, au-delà de la acadienne, en direction d’un monde anglophone omniprésent, omni-pressant, qui ne manquera pas de se réjouir au spectacle navrant de ce qui ressemblera à une déroute de plus au bas d’une liste déjà suffisamment longue comme cela.

Certes, les Acadiens sont assez résolus, organisés et fiers de leur identité pour se débrouiller sans nous. Mais le resserrement de nos liens historiques est sans doute devenu, au fil du temps, un élément essentiel de notre propre influence dans cette partie de l’Amérique du Nord.

Nous avons là des gens quinze fois moins nombreux que les Québécois, qui ne disposent pas d’une province mais qui combattent, aux côtés des Français lucides, pour ne pas disparaître une seconde fois de l’Histoire. Leur opiniâtreté est exemplaire, à une époque où tout se fond dans la grisaille d’une conformité tueuse de particularismes.

Abandonner les provinces maritimes n’est donc pas seulement une erreur, mais encore une faute, lourde de conséquences pour une France qui a déjà lâché la gestion de la plupart de ses Alliances françaises, au Canada comme aux États-Unis, pour la confier à des intérêts privés.

Quitter Moncton, c’est gommer, en vérité, dans les trois provinces concernées (Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Île du Prince Edward), notre présence physique autant qu’immatérielle au sud du Saint-Laurent.

Une glissade de plus sur la pente de nos renoncements.

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