Ce titre ne se veut pas provocateur mais m’a été inspiré par le climat intellectuel et médiatique qui, pour la liberté d’expression, met en évidence un « deux poids deux mesures », une dénonciation et une analyse hémiplégiques.

En gros – mais de multiples détails démontreraient la validité de mon assertion -, ce qu’il est convenu d’appeler le progressisme, aussi floue et perverse que soit cette notion en certaines circonstances, a tous les droits alors qu’en revanche, sa riposte conservatrice serait naturellement blâmable et, pire, à judiciariser à tout coup.

Il me semble que cette dernière pensée devrait au moins réclamer l’équité et même se prévaloir, dans l’attitude démocratique, d’une supériorité. L’expression conservatrice aspire seulement à être libre et en aucun cas à l’interdiction de la parole de l’adversaire.

Quand , après avoir insulté les policiers – avec , elle n’aurait pas obtenu un quitus -, déclare un autre jour : « Je suis descendante d’Algériens, donc de gens qui ont été colonisés par le pays dans lequel je vis, que je considère être mon pays. Je pense qu’il y a un énorme travail de décolonisation à faire dans mon pays, qui n’a pas été fait, si on commence à faire ce travail-là, les folies qui se passent dans ce pays-là, avec le temps, pourront peut-être guérir » (BFM TV).

Je considère (et je ne suis pas le seul) que son propos est absurde et offensant pour notre pays, mais il ne viendrait à l’esprit de personne, dans la famille hostile à cette vision indigéniste et séparatiste, d’exiger des poursuites, la saisine de la Justice et, plus généralement, l’étouffement de cette parole inepte. Et tant mieux : c’est un honneur de supporter singulièrement et collectivement ce qui vous contredit mais ne fait pas mal, relevant de la liberté démocratique.

Mais imaginons que, pour réagir dans la même tonalité outrancière, on prétende au contraire que la France est « colonisée » par certains jeunes Français d’origine africaine ou maghrébine qui, profondément, ne se sentent absolument pas français pour ce qui concerne l’amour et le respect de la patrie : les protestations seraient multiples, l’humanisme partisan en branle, les injonctions de poursuites surabondantes et la liberté d’expression le cadet des soucis de ses contempteurs frénétiques et des associations qui, pour justifier leur utilité, y mettraient du leur !

On aurait la démonstration de ce qui offense, au quotidien, notre état de droit, l’équité républicaine, l’égalité entre les citoyens : il y a ceux à bénir et qui pensent bien et les nuisibles à la pensée évidemment sale et à condamner. Je ne suis pas sûr de caricaturer.

Nous ne voulons pas le moindre mal à Camélia Jordana et à ses adeptes. Ils peuvent, jusqu’à la violation de la loi, soutenir tout ce qui leur passe par la tête et qui, peu ou prou, se résume par : la France est coupable et, donc, il faut le lui faire payer par tous moyens, même les pires !

Mais nous avons la faiblesse d’exiger au moins la réciprocité. Contrairement à ce qu’on affirme pour se rassurer, la parole conservatrice est loin d’avoir gagné non pas le combat des idées – le camp d’en face a le droit d’avoir les siennes – mais l’égalité de traitement.

Pour qui s’attache avec curiosité et vigilance aux regards politique, judiciaire et médiatique, il est manifeste que cette équité n’est pas traduite dans l’ensemble des manifestations qu’elle devrait irriguer. Le président de la République appelle Danièle Obono mais néglige Charlotte d’Ornellas. On peut comparer Marine Le Pen, dans une caricature, à un étron. Et, médiatiquement, Christine Kelly est évidemment moins victime que d’autres femmes de couleur !

On en a assez, de cette injustice.

Un jour, il faudra bien féliciter les conservateurs qui ne sont jamais ménagés pour leur refus d’un engrenage fatal : celui qui les inciterait à prêcher la censure, sur tous les plans, de leurs adversaires.

Extrait de : Justice au Singulier

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