Editoriaux - Histoire - 24 janvier 2019

Cahiers de doléances : rien de nouveau au royaume de France ?

Vous avez envie de participer au grand débat national, donner votre contribution aux cahiers de doléances ? Oui, mais vous êtes à court d’idées. Bon, vous pouvez toujours, évidemment, pomper sur votre voisin et pratiquer sans vergogne le copier-coller. Une autre suggestion, plus originale, c’est d’aller voir ce que nos ancêtres écrivirent en 1789 dans nos provinces avant que ne se rassemblent, à Versailles, les États généraux. Vous risquez d’être surpris par certaines de ces doléances, vieilles de 230 ans, qui résonnent curieusement avec l’actualité, si tant est que vous fassiez un effort de transposition…

“Qu’il soit arrêté… que la France est une monarchie héréditaire dans la maison régnante, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture.

Que le pouvoir d’établir des impôts appartient à la nation seule.

Que la liberté de la presse soit autorisée, avec les modifications nécessaires pour maintenir l’ordre public, les mœurs et la religion.

Qu’il ne soit fait aucun emprunt que du consentement de la nation.

Que la justice soit rapprochée des justiciables ; en conséquence qu’il soit érigé des cours souveraines à une distance convenable.

Que le déficit soit déterminé d’une manière invariable.

Qu’examen soit fait des titres des pensions et gratifications, pour éteindre celles qui ne sont pas fondées sur des services rendus à l’État, et réduire celles qui sont exorbitantes.

Que dans les impôts à établir, ceux sur les biens-fonds* n’écrasent pas la classe indigente, par leur poids ou leur inégalité ; ceux sur les personnes atteignent principalement les rentiers et capitalistes, et ceux sur les consommations tombent principalement sur les marchandises étrangères et de luxe.

Que les différents droits de péage sur les rivières, les routes et à l’entrée des villes soient supprimés.

Que la paie du soldat soit augmentée…

Que dans les examens des chirurgiens qui se destinent au service des campagnes, il soit apporté autant d’attention et de sévérité que pour ceux qui s’établissent dans les villes.”

Tiré du Cahier des plaintes et doléances des trois ordres de la Province de Bresse. Ces plaintes et doléances sont celles du tiers état, rassemblées par les trente et un commissaires nommés par cet ordre et d’après les cahiers particuliers des paroisses et communautés de la Province. Elles furent largement consenties par les représentants des ordres du clergé et de la noblesse.

* Bien-fond : bien immobilier

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