Editoriaux - Manifestations - Polémiques - 14 décembre 2019

Cabinet Occurrence : compteur et conteur

Il y a parfois des tweets malheureux, surtout quand ils sont publiés par le compte d’une agence de communication, en l’occurrence Occurrence. Une entreprise qui compte « rigoureusement » les manifestants et publie le résultat de son calcul. Ses clients sont les médias dont l’univocité a permis, favorisé le cambriolage électoral de 2017. Bref, une entreprise qui est délibérément compatible avec Emmanuel Macron et En Marche !, ce qui est son droit le plus absolu.

Il y a eu controverse, en octobre dernier, sur le chiffrage de la manifestation Marchons enfants. Occurrence avait dit 74.500 manifestants. Les organisateurs 600.000. La différence est conséquente… Ainsi, si l’on accorde une once de crédit à Occurrence, il suffit de 74.500 personnes pour saturer un parcours dimensionné par la préfecture de police pour 200.000 personnes ainsi qu’un délestage plus large ouvert à l’arrache pour une capacité qui ne saurait être moindre. Mais le cabinet n’en a pas démordu : sa méthode et ses outils sont fiables.

Et puis, le 12 décembre, Occurrence répondait à un tweet en affirmant que « personne n’est capable de compter les manifestants » en cas de trajet étroit, comme ce fut le cas le 6 octobre dernier.

“Occurrence
@enlOccurrence
Notre système est adapté aux manifestations qui sont bien organisées et qui se déroulent normalement… Que ce soit la désorganisation (gilets jaunes), les trajets étroits (LMPT) ou les 3h de retard (5dec), personne n’est capable de compter l’ensemble des manifestants.
6:19 PM · 12 déc. 2019”

Bien sûr, la Manif pour tous réagit et salue la lucidité enfin acquise par Occurrence… Suivie par les dénégations tweeteuses mais piteuses de Jocelyn Munoz, patron de la filiale Deep Opinion en charge de ces dénombrements, qui tente d’éluder la bourde et d’inverser la charge de la preuve. Personne n’est capable de le faire et en même temps, eux, chez Occurrence, il le sont. C’est du trop subtil, comme du Gilles Le Gendre…

Quelques réflexions sur ces faits, somme toute, dérisoires :

Aveu qui échappe ? Expression hasardeuse et malheureuse d’un communicant dépassé ? Laissons Occurrence laver son linge sale dans l’intimité, cela ne nous regarde pas, pas plus que savoir si l’auteur du pépiement malheureux mérite d’aller solliciter un autre employeur ou seulement deux heures de colle.

Bien sûr, si j’étais un des médias client, je ne manquerais pas de hurler : un conseil qui n’est pas apte à exécuter une prestation, mais l’exécute quand même et la facture sans doute, ça fait désordre dans le monde des affaires.

Ne comptons que sur la presse alternative et les réseaux sociaux pour faire connaître ces problèmes pour ce qu’ils sont. Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France, mais les médias « respectables » ont, en l’occurrence, d’autres chats à fouetter. Alors, gardons à l’esprit l’exception de Mahoudeaux formulée ainsi : le seul gâchis autorisé, c’est le gâchis de paranoïa.

Les grammairiens qui me liraient (je sais qu’il y en a) pardonneront au cancre émérite cette incursion dans leur chasse gardée : le titre de ce billet qui juxtapose et oppose la rigueur du comptable à la licence poétique du fabuliste ne serait-il pas une nouvelle figure de style à l’image du macronisme : l’homophonie pléonastique (ou le pléonasme homophonique) ?

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