Alors que le passe vaccinal a été voté, ce 6 janvier, par l'Assemblée nationale, Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, revient sur les polémiques qui ont agité les derniers jours et évoque, notamment, les propos d'Emmanuel Macron se targuant d'« emmerder » les non-vaccinés. Le sénateur revient sur l'indignité des propos du président de la République, la division des Républicains sur la question du passe vaccinal ou encore sur l'état des hôpitaux.

Il s'explique au micro de Boulevard Voltaire.

Dans Le Parisien, Emmanuel Macron a déclaré qu’il avait « envie d’emmerder les non vaccinés ». Ses propos vous ont-ils choqué ?

Oui je suis choqué comme beaucoup de Français parce qu’aucune urgence sanitaire ne justifie une telle brutalité et une telle vulgarité. Aucune crise épidémique ne légitime qu’un Président de la république aille jusqu’à dénier la qualité de citoyen à ses propres compatriotes. C’est une violence inouïe. Dans une France très divisée, Emmanuel Macron ajoute à la discorde et à la division. La violence envahit l’espace public et le débat public, des élus ont été menacés. Rien ne justifie que la seule réponse à ces violences soit une autre forme de violence verbale. Emmanuel Macron fait du trumpisme bon chic bon genre. Il essaye de constituer son socle électoral à partir d’une majorité vaccinale car il se dit que plus de 90 % des Français sont vaccinés et sont parfois exaspéré par ceux et celles qui ne le sont pas. Ce qu’il fait est terrible. J’ai toujours été pour la vaccination mais là il entraîne la France et les Français sur une pente extrêmement dangereuse. Je condamne de la façon la plus ferme ses propos.

Les débats à l’Assemblée nationale ont été violents. Le groupe LR est divisé puisque finalement, un tiers des députés LR a voté pour le passe vaccinal, un tiers a voté contre et un tiers s’est abstenu. Valérie Pécresse, la candidate à l’élection présidentielle, est farouchement pour ce passeport vaccinal. Comment expliquez-vous une telle divergence d’opinion au sein de votre famille politique ?

Le groupe LR présidée par Damien Abade à l’Assemblée nationale partait de très loin. Au Sénat par exemple le groupe LR avait voté à une très forte majorité le passé sanitaire en juillet dernier. Or le même groupe LR à l’Assemblée nationale avait voté contre excepté, Éric Ciotti. Beaucoup ont été exaspérés par le comportement du gouvernement et du Président de la république. Dans la nuit de lundi à mardi, il y a eu une interruption de séance, ce n’est pas de leur faute. C’est la responsabilité de la majorité d’assurer les votes positifs. Cette majorité a été défaillante. Beaucoup de députés LREM et autres étaient à la buvette, ils portent la responsabilité de cette interruption de séance. Les députés LR étaient présents, en minorité.

Vers qui doivent se tourner les électeurs de droite attachés aux libertés individuelles ?

J’ai voté le passe sanitaire et je voterai aussi le passe vaccinal. À un moment donné, il faut faire confiance à la science : un certain nombre de chiffres incontestables donnent le chemin. Les chiffres donnés par la Société française des anesthésistes réanimateurs, qui concerne 165 sites hospitaliers en France, sont claires : 80 % des lits de soins critiques ou de réanimation sont occupés par des non vaccinés. On doit déprogrammer des soins de personnes qui ont des longues maladies pour pouvoir accueillir des gens non vaccinés. On ne peut pas trier. J’ai toujours pensé que nos droits ne sont rien sans nos devoirs. Nos droits sont le miroir de nos devoirs. C’est ma philosophie politique. Pour autant, je pense que le responsable de cette pandémie, ce ne sont pas les non vaccinés, c’est le virus. Essayons de convaincre avec des chiffres. La raison est importante dans notre philosophie politique. Je me bats contre les écologistes qui confondent l’idéologie avec une sorte d’aspect religieux vis à vis de l’écologie.

On doit aborder les problèmes en essayant de garder raison et en cherchant les meilleurs chemins pour sortir de cette pandémie. Je pense que c’est le vaccin, mais pas que le vaccin, qui protège l’effet des formes graves. En France et dans d’autres pays, les chiffres se recoupent.

Pourquoi le gouvernement n’assume-t-il pas l’obligation vaccinale ?

On serait tombé dans l’obligation si le passe vaccinal avait été obligatoire pour les transports du quotidien et pour le travail. Je n’ai jamais été pour l’obligation vaccinale pour plusieurs raisons.

Tout d'abord,  il est difficile de rendre obligatoire un vaccin qui n’est pas totalement stabilisé puisque le virus évolue encore. Le vaccin contre la polio par exemple est efficace car c’est une bactérie qui n’évolue pas.

Deuxièmement, je suis législateur, et quand je vote une obligation, je regarde comment on la fait appliquer, et avec quelles sanctions. On ne va pas prendre les gens pour les piquer de manière forcée ! Mettre une obligation sans avoir les moyens de la faire respecter contribue à amoindrir l’effet de la loi. En raison des divisions encouragées par Emmanuel Macron dans une France extrêmement divisée, il faut faire attention. Emmanuel Macron a tort de voir dans le vaccin le seul chemin pour sortir de cette pandémie. Il nous avait promis des milliers de lit de réanimation et aujourd’hui on n’en a toujours environ 5000 et nous avons moins de personnel soignant pour armer ces lits. Cela fait des mois que je me bats pour équiper les classes de capteurs CO2 qui donnent un signal pour aérer la classe, car la science nous atteste que le virus se transmet par aérosol.

Pour revenir sur les déclarations d’Emmanuel Macron, comment expliquer que de tels propos soient sortis au moment où le texte était en débat à l’Assemblée ?

Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron ne s’est jamais adressé aux Français dans une majorité. Il a toujours segmenté avec le « en même temps » en fonction des différents publics. Il aborde la politique en segmentant la population, c’est sa façon de faire et c’est une forme de mépris vis-à-vis du peuple français. Ses petites phrases « gens qui ne sont rien », « Gaulois réfractaires » sont le révélateur de son surmoi. Mais il y a par-dessus tout ce piège : il aurait aimé faire en sorte que les LR s’associent à tous les autres afin de passer pour celui qui est le seul à protéger les Français. C’est un froid calcul politicien qui consiste à construire son socle électoral sur une majorité vaccinale. La réalité est là. J’appelle ma famille politique à ne pas tomber dans ce piège. C’est une interview écrite, les mots sont calculés et pesés au trébuchet. Ce n’est pas un dérapage incontrôlé, c’est un dérapage assumé et c’est un outrage fait à une partie de nos compatriotes qui ont fait un autre choix que moi et que je respecte, comme n’importe qui.

6 janvier 2022

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