Audio - Editoriaux - Entretiens - Justice - 14 janvier 2019

Bruno Gollnisch : « On a du mal à imaginer ça en France. Pas seulement pour les grands patrons du CAC 40 mais même pour les voyous et les racailles »

L’affaire Carlos Ghosn, incarcéré au Japon, continue de défrayer la chronique : son épouse vient notamment de dénoncer les conditions de détention.

Réaction au micro de Boulevard Voltaire de Bruno Gollnisch, qui connaît très bien le Japon. Le député européen revient sur sa candidature au conseil d’administration du groupe Renault Nissan.

Carlos Ghosn est incarcéré depuis plusieurs semaines et cette affaire continue de défrayer la chronique. On a du mal à imaginer qu’en France un grand patron du CAC 40 puisse être traité comme un justiciable normal. Ces affaires sont-elles courantes au Japon ?

On a effectivement du mal à imaginer que cela puisse arriver en France. C’est vrai non seulement pour les grands patrons du CAC 40, mais aussi pour les voyous et les racailles. Avant d’être incarcéré pour une aussi longue durée, il faut, en règle générale, avoir été jugé. En France, la présomption d’innocence existe, et théoriquement elle existe aussi au Japon. Même si j’ai été très critique à l’égard de monsieur Ghosn, je trouve que la poursuite de sa détention jusqu’à son procès, après de la fin de la période de garde à vue, est abusive. Je pense qu’on aurait pu le laisser à Tokyo dans des conditions matérielles plus confortables pour préparer sa défense, plutôt que de le laisser dans cette situation. Sachant que le Japon est un pays insulaire, que les voies d’entrées et de sorties du pays sont très peu nombreuses et que monsieur Gohsn est partout reconnu, il était assuré qu’il ne pouvait pas quitter le pays. Il suffisait de lui confisquer son passeport et de le placer sous contrôle judiciaire. J’estime que c’est quand même abusif.
Les patrons japonais ont une pratique de décence dans leur rétribution et dans leur mode de vie qui remonte peut-être à l’époque du Shogunat et à l’époque du confucianisme. De ce fait, ils ont une certaine modération et retenue dans l’étalage des richesses. Ce n’était manifestement pas le cas de monsieur Ghosn.


Au-delà de la culpabilité ou non de Carlos Ghosn qui est du ressort de la justice, vous nous expliquiez, il y a quelque temps, que vous étiez assez critique de la politique menée par Carlos Ghosn. Aujourd’hui quelle est votre opinion sur son sort ?

Je ne peux pas me prononcer sur son sort, puisqu’il a le droit à la présomption d’innocence. Il devrait pouvoir préparer sa défense en étant sous contrôle judiciaire sans être incarcéré à Tokyo. Ceci étant dit, j’ai critiqué Carlos Ghosn quand je l’ai vu gratifié d’un revenu tout à fait considérable de 1 200 000 euros par mois. Il se faisait voter les augmentations par le conseil d’administration, malgré le refus opposé par l’assemblée générale. Il l’a fait alors que le cours de l’action avait diminué de pratiquement 30%. Je trouve que c’était tout à fait abusif. Ces grands patrons du CAC 40 ne sont souvent pas véritablement des entrepreneurs et n’ont pas créé les entreprises auxquelles ils se trouvent à la tête. Ils sont souvent d’ancien haut fonctionnaires politisés placés à la faveur du pouvoir politique.
Leur rétribution devrait être indexée sur deux éléments, la moyenne des salaires de l’entreprise et le cours de l’action. Voilà ce que je pense. Et ce n’est pas spécifique au cas de Renault.

Vous êtes toujours candidat à la présidence de Renault Nissan.
On a peu l’habitude de voir un responsable politique issu du Front national accéder à de si hautes fonctions. Néanmoins, votre candidature est prise au sérieux en extrême orient.
Vous disiez dans L’Incorrect que lorsque vous voyiez ceux qui étaient également candidats, vous n’aviez pas à rougir.

Voici la fameuse citation de Talleyrand ‘’Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console’’. Cela peu paraître surprenant. Je ne suis pas un spécialiste d’ingénierie automobile, mais j’observe. Quand on cherche vainement au sein du conseil d’administration les spécialistes d’ingénierie automobile, on y trouve deux avocates, dont madame Cherie Blair, l’épouse de l’ancien ministre Tony Blair, et l’ancien bâtonnier des avocats de Paris. J’ai moi aussi été avocat. Je veux bien comparer mes compétences à celles de ces dames en termes de droit international, européen et surtout en droit japonnais. C’est une discipline que je connais et que j’ai enseignée à l’université. Je crois que je n’aurais pas à en rougir. On trouve certainement des gens tout à fait éminents qui ont des compétences en gestion. L’un est un pharmacologue, ancien cadre dirigeant du groupe Pierre Fabre, et l’autre est un cadre dirigeant chez Hermès. Mais après tout, on ne vend pas des automobiles comme des cachets d’aspirine ou des foulards en soie.

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