Ce lundi matin a lieu, dans toute la France, la première épreuve du DNB, diplôme national du brevet. Près de 800.000 élèves de 3e sont convoqués. L’examen repose pour moitié sur le contrôle continu, pour moitié sur cinq épreuves. Les collégiens ont déjà passé l’épreuve orale. Mardi, ils passeront l’histoire-géographie-éducation civique ainsi que l’épreuve de sciences. Ce lundi, c’est français le matin, mathématiques l’après-midi. Pour s’entraîner, ces dernières semaines, les professeurs et les élèves disposaient des sujets tombés dans les centres français à l’étranger. Ces fameux sujets « du Nord » ou « Pondichéry », comme on les appelle.

Cette année, ces deux sujets de français « étrangers » ont heureusement surpris par leur ancrage littéraire et historique, mais aussi par leur gravité, en écho avec les épreuves qui frappent la France. Et je ne parle pas du Covid.

Le sujet Pondichéry proposait un texte poétique de l’écrivain marocain Abdellatif Laâbi, emprisonné pendant huit ans dans son pays pour avoir fait usage de la liberté d’expression. Au passage, nos élèves d’origine maghrébine ont découvert que ce n’était pas toujours la méchante France colonisatrice qui avait torturé et emprisonné certains des leurs… L’une des questions invitait à réfléchir à la liberté d’expression. Et le sujet de réflexion demandait : « Faut-il résister à l’évolution du monde ? » Ce retour sur une année scolaire marquée par la de Samuel Paty, assassiné pour avoir défendu la liberté d’expression, était bienvenu.

Le sujet donné en Amérique du Nord avait décidé, lui, de rendre aux combattants des deux guerres mondiales. Le texte était un poème d’Aragon écrit en 1941 en hommage au premier Français fusillé sous l’occupation allemande en 1940 : X… Français. Le document iconographique était une œuvre faite à partir de milliers de photos de poilus pour le centenaire de l’armistice de 1918 par l’historial de Péronne et intitulée « Le Visage inconnu ». Signe des temps, les sujets de rédaction demandaient aux élèves de se poser les questions de l’héroïsme et du sacrifice aujourd’hui. Le sujet d’imagination consistait à rédiger la lettre de la sœur de ce fusillé, Gabrielle, « qui contiendra un portrait physique et moral du jeune homme, exprimera les sentiments de sa sœur et insistera sur son héroïsme ». Quant au sujet de réflexion, il allait droit au but : « Selon vous, un comportement héroïque est-il à la portée de tous ? »

Et puis, il y avait la dictée, un extrait fort et émouvant des Montagnards de la nuit, de Roger Frison-Roche, décrivant une scène nocturne d’attente de parachutage par des maquisards et se terminant ainsi : « L’officier restait figé, tout droit dans la neige, et son regard se perdait dans le ciel comme s’il s’attendait à voir revenir l’avion. L’émotion crispait ses traits. — Oui, je rêve. Je rêve au pilote qui rejoint la France libre. »

On ne pouvait pas ne pas penser au capitaine Clément Frison-Roche, arrière-petit-cousin de Roger Frison-Roche et petit-fils d’un Français libre, pour la France au Mali, il y a un an et demi. Et au sacrifice héroïque de tous ses frères d’armes.

27 juin 2021

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