L’avortement, on peut militer pour sa généralisation, le considérer comme un fait établi, ou, avec une grande espérance, se dire qu’il pourrait y en avoir beaucoup moins. Nous avons, en France, une attitude particulière vis-à-vis de l’avortement. C’est une sorte de vache sacrée, intouchable. La parole publique est quasiment unanime sur le sujet. Remettre en cause le moindre aspect de la question confine au sacrilège.

Admettons pourtant qu’il soit possible d’en réduire, et même d’en réduire fortement, le nombre. D’autres pays l’ont fait : comment donc s’y sont-ils pris ?

D’abord, il n’est pas certain qu’une législation plus restrictive ait une influence sur le nombre réel d’avortements, légaux et illégaux. Aux États-Unis, le nombre d’avortements légaux a chuté entre 2014 et 2017, aussi bien dans les États libéraux que dans ceux qui ont pris des mesures de restriction.

En revanche, l’un des facteurs déterminants pourrait bien être l’importance croissante des mouvements pro-vie. 46 % des Américains se disent pro-vie, aujourd’hui, contre 33 % seulement en 1995. Pour 75 % des électeurs, le positionnement pour ou contre l’avortement est un élément déterminant du programme d’un candidat, voire une condition sine qua non pour 25 % d’entre eux. Le nombre d’organisations venant en aide aux femmes enceintes en détresse aurait augmenté de 86 %, entre 1988 et 2015. En conséquence, le nombre d’avortements a été divisé par deux entre 1990 et 2017.

En Hongrie, le nombre d’avortements a chuté de 64 % depuis 2010, sans modification de la loi existante. Dans ce pays, le gouvernement a surtout répondu aux problèmes des jeunes Hongrois qui, dans l’ensemble, souhaitaient fonder une famille et avoir au moins deux enfants, mais s’en trouvaient empêchés par les circonstances : absence de relations stables, difficultés financières, problèmes de logement, carrières professionnelles des femmes.

Le congé parental a été allongé à trois ans mais la mère qui retourne travailler tôt après l’accouchement bénéficie d’avantages financiers. Les foyers aux revenus moyens comprenant trois enfants ou plus sont dispensés d’impôts sur le revenu. Il existe un nombre croissant de crèches et de garderies peu chères, offrant quatre repas gratuits par jour et par enfant. L’accès à la propriété est subventionné pour les familles. Cette politique familiale est d’ailleurs encouragée par l’OCDE.

Et en France, pourquoi avorte-t-on ? Difficile de le savoir précisément, faute d’études sur le sujet. Pourtant, 88 % des Français sont favorables à ce que l’on étudie les causes et les conséquences de l’avortement pour favoriser sa prévention.

Tout au plus peut-on dresser quelques profils. Ainsi, en France, en 2007, près de la moitié des femmes qui ont avorté étaient en couple, mais il y a un monde entre les femmes de plus de 30 ans (majoritairement en couple) et les mineures (presque toutes célibataires). La moitié avaient déjà eu au moins un enfant, et pour la moitié, aussi, la décision d’avorter a été prise en couple.

Beaucoup vivaient avec moins de 1.200 euros par mois, surtout les célibataires : d’ailleurs, le taux d’avortement est trois fois plus élevé dans les DOM-TOM qu’en métropole. Les étrangères, en particulier africaines, étaient surreprésentées par rapport à leur incidence sur le territoire français.

Signe du désir d’éviter une grossesse, les deux tiers des femmes utilisaient un et même plusieurs moyens de contraception. Il manque, dans notre pays, une politique visant à réduire le nombre annuel d’avortements. Les trois quarts des Français y sont favorables, l’expérience montre que c’est possible : voilà un beau projet pour les années qui viennent !

12 octobre 2020

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