[Au fil de l’eau] Chez Macron et Borne, la logique du bras d’honneur

macron

Dans une énième intervention longue et vide comme un pipeline de North Stream (si, si : treize minutes de vide, c’est très long…), le chef de l'État nous a gratifiés, il y a quelques jours, de son programme pour l’élection présidentielle de 2017. Ah, pardon : peut-être plutôt pour celle de 2022 - on a failli attendre ! On apprend que le chef de l’État veut s’occuper de l’immigration, de l’école et du travail - bonne idée, vraiment ! Il est dit que le Premier ministre a cent jours pour s’occuper de ces différents chantiers, avec la mission particulière de trouver la majorité des voix à l'Assemblée indispensable à l’adoption des lois afférentes. Un bilan de ces différentes orientations et de leur application est attendu pour le 14 juillet : ça promet un vrai feu d’artifice de fête nationale !

Quelques jours plus tard, Madame le Premier ministre présente son plan d’action à la sortie du Conseil des ministres. Elle qui disposait de cent jours en prend allègrement le double ou le triple, omettant de se fixer quelque limite calendaire que ce soit. Elle annonce qu’il n’y aura pas davantage de loi sur l’immigration et proclame à qui veut l’entendre que l’élargissement de la majorité ne se fera pas. Quand Mark Twain disait « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », on entend ici l’inverse : ils savent parfaitement que c’est impossible, alors ils n’essaient même pas !

Mais on entend aussi deux autres choses, significatives du délitement institutionnel dans lequel notre pays se trouve aujourd’hui. D’abord l’intervention du Premier ministre ressemble furieusement à un message à peine codé qui dirait : « En fait, le président de la République parle à tort et à travers et je me dois de rétablir un peu de sérieux dans l’action de l’exécutif. » Et puis, surtout, cette déclaration, livrée qui plus est à la sortie même du Conseil des ministres, est une manière de dire au chef de l’État : « Cause toujours, tu m’intéresses. » Nous avons assisté à un authentique acte d'insubordination de la part d’un chef de gouvernement à l’égard du chef de l’État. À vrai dire, il y a dans notre histoire politique plus ou moins récente quelques exemples. Mais le plus récent remonte probablement, en dehors des périodes de cohabitation bien sûr, à la démission de Jacques Chirac expliquant, à l’été 1976, qu’il lui était impossible de gouverner dans le sens que lui dictait le Président Giscard d’Estaing. Du moins Jacques Chirac avait-il eu la décence de démissionner, même si ses motifs étaient plus probablement guidés par la perspective de l’élection présidentielle suivante que par toute autre forme de considération. Dans la circonstance où nous sommes aujourd’hui, nous n’aurons même pas la satisfaction de voir le chef du gouvernement, visiblement en opposition frontale désormais avec le chef de l’État, quitter ses fonctions.

À la fin du compte, en agissant ainsi, le Premier ministre ne fait que se conformer à la logique dominante depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Que sont ces six années d’exercice, sinon un gigantesque et permanent bras d’honneur lancé à la figure du peuple français qui réclame à cor et à cri la vérité, de vraies réformes, de la considération et de l’honnêteté ? À ces différentes demandes, qui ne constituent à tout prendre que la trousse de premiers secours sans laquelle un peuple ne peut pas vivre en face de ses gouvernants, les Français n’obtiennent qu’une seule réponse : « Allez vous faire voir, et si ça ne vous convient, pas venez me chercher ! »

On sait également que le garde des Sceaux pratique la technique du triple bras d’honneur, jusque dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, en guise de réponse aux objections formulées par l’opposition parlementaire. Avec cette réponse à la force du poignet, il est ainsi prouvé jusqu’au plus haut sommet de l’État que la violence surgit lorsque le vocabulaire manque. Et nous qui croyions jusqu’ici que cette manière de faire était l’apanage des pauvres gosses de banlieue…

Mme Borne a donc pris son rang dans cette funeste liste en choisissant à son tour, plutôt que l’huile de coude, le bras d’honneur, comme une sorte de vengeance à peine feutrée pour avoir été lâchée sur l’affaire du 49.3 au moment de la réforme des retraites. Est-ce pour solde de tout compte ? La nomination du futur Premier ministre nous le dira. Pour ce qui nous concerne, si nous n’avions pas déjà été rendus manchots par les effets de la répétition, les bras nous en tomberaient une fois de plus !

Jean-Frédéric Poisson
Jean-Frédéric Poisson
Ancien député des Yvelines, président de VIA - La Voie du Peuple

Vos commentaires

10 commentaires

  1. « Tu parles Charles », comme dirait Sa Majesté, qui a boudé la France et son roitelet d’opérette !
    Macron qui découvre la lune de ce que les français attendent et demandent, que dis-je « demandent », exigent !
    Inutile de se demander dans quel état est l’atmosphère macronienne, elle a atteint des températures devenues incontrôlables.
    Les casseroles sont chauffées à blanc, et les français sur des charbons ardents.
    Il a sûrement compris Manu, que le prochain bras d’honneur sera celui des électeurs.
    Quoi qu’il fasse ou dise maintenant lasse les français, et les laisse de marbre, leur patience ayant été testée jusqu’à la limite du possible.
    Mis à part les membres de sa secte LREM Renaissance, qui s’étiole de plus en plus, plus personne n’ayant confiance en lui, pire même, des médias de gauche tirent à boulets rouges.

  2. Quand serons-nous débarrassés de cette engeance de profiteurs sur le dos des citoyens. Les français malgré toutes leurs manifestations n’obtiennent RIEN. Sur le plan international notre pays qui part à la dérive n’est plus considéré comme la puissance qu’il était jadis et n’attire plus d’étrangers sauf des pseudo migrants qui viennent profiter de nos largesses en nous submergeant. Dans quatre ans ce sera le désastre d’un pays mis en lambeaux.

  3. voilà 2 pauvres crétins, qui ne travaillent pas pour le peuple, même en étant grassement payé, hélas

  4. Je ne suis pas fan de Ségolène Royal mais hier sur CNews elle n’a pas dit que des bêtises même si certaines de ses piques semblaient vengeresses.

  5. « Que sont ces six années d’exercice, sinon un gigantesque et permanent bras d’honneur lancé à la figure du peuple français » : et que font les français ? Que dalle ! Méritent-ils de la considération dans ce cas ? Le respect et la considération pour soi ne se décrètent pas, encore moins lorsqu’ils sont attendus de l’adversaire (l’ennemi ?). En fait, les français, dans leur grande majorité, sont devenus un peuple veule et lâche. Je ne plains pas du tout ceux qui constituent cette « majorité » : on récolte toujours ce que l’on a semé ou encore l’on est toujours puni par là où l’on pèche. A bon entendeurs salut !

  6. Le Peuple malmené par le gouvernement, qui fait de vous ce qu*il veut ! Peuple Français êtes vous bête ou ignorant à ce point là? Un réveille un peu tardif ? Non? Macron lève tôt, signe pour la retraite et sous votre nez à trois heures du matin! Rappellez vous que on vous à fait taire avec la vaccination à quand la prochaine combine?

    • Elle arrive!… 1) Rappel de vaccination qui vient de débuter et se terminera le 26 juin (il y a un gros stock à liquider!) 2) Nouvelle trouvaille pour faire accepter ce fabuleux « vaccin » : un spray nasal est prêt, bravo les labos, ils ne perdent pas le nord! 3) Quant à la réintégration des soignants, n’y a t’il pas des conditions? Cherchez…

  7. Il n’y a pas de chef du gouvernement… d’ailleurs y’a t’il un gouvernement ?
    Nous voyons une vaste cour de récréation où chacun fait ce qu’il veut et parle de ce qu’il veut !

    Et pendant ce temps les français rament dans un marigot où le courant de la violence fait loi.
    La république (dite exemplaire) du copinage et du mépris nous amène, à coup de bras d’honneur, dans le mur…

  8. Madame Borne a bien raison, pourquoi serait elle la seule à se gêner ?
    Ses ministres font à peu près tout ce qu’ils veulent et elle n’a même pas le droit de les sanctionner.
    Je suis cependant d’accord avec l’auteur qui suggère qu’elle pourrait aussi démissionner, ça aurait enfin un peu de gueule !

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