Dimanche 9 août 2020, au matin : six Français, quatre femmes et deux hommes, employés par l’ONG ACTED, et deux Nigériens, chauffeur et guide, sont assassinés, dans la zone-réserve de Kouré, à l’est de Niamey, au sud-ouest du , par un groupe armé, probablement « terroriste », issu de la nébuleuse État islamique, mais non encore clairement identifié.

Il ne s’agit pas de polémiquer devant ce drame. On s’est posé la question de savoir ce que des touristes pouvaient bien faire en zone à risque. La présence d’une ancienne commissaire des armées quadrilingue parmi les victimes pourrait laisser supposer que l’État intervient « partout où nécessité fait loi ». Avec ses réussites et ses échecs.

Quoi qu’il en soit, les Bretons Antonin Girardi, 26 ans, et Leo Ruelle, 25 ans, la Normande Charline Foucher, 30 ans, la Toulousaine Myriam Dessaivre, 25 ans, Stella Gautron, 28 ans, de Montpellier et l’ancien officier Nadifa Louassa, 30 ans. Voilà six jeunes gens, hexagonaux diplômés, aux parcours brillants et variés, animés d’idéal et réunis dans la mort. Mais aussi Boubacar Garba Soulay, 50 ans, chauffeur du groupe, et Aldoukadri Abdou Gamatché, 50 ans, leur guide.

En déplacement dans l’Hérault, ce 11 août, Jean Castex a rendu hommage aux victimes françaises de cette « attaque ignoble » ; « d’une extrême violence et d’une lâcheté difficilement descriptible » – l’une des jeunes femmes ayant été égorgée dans sa fuite –, déplorant le meurtre de ces « personnes civiles, des personnes jeunes, engagées dans l’humanitaire, qui travaillaient donc au service des autres ». Après les condoléances d’usage, il en a terminé ainsi : « La France, le président de la République l’a dit, veillera à ne pas laisser impuni ce crime odieux contre nos compatriotes. »

Si le Président l’a dit ! Nous pouvons supposer que cette déclaration de notre Premier ministre n’est pas une gasconnade. Que nos forces spéciales sont déjà à l’œuvre, quelque part au Sahel, pour essayer de châtier les coupables. Tout au moins pour rassembler des indices et sécuriser une action de représailles prochaine.

Cependant, aux propos de Castex, un triste parallèle nous revient, hélas, à l’esprit :

Beyrouth, le 23 octobre 1983, à 6 h 22, 58 parachutistes français des 1er et 9er RCP – ainsi que la femme et les cinq enfants du concierge libanais – trouvaient la mort dans l’explosion de leur poste-immeuble « Drakkar ». Nos paras faisaient partie de la force multinationale de sécurité mandatée par l’ONU pour maintenir la paix au Liban ! Appelés volontaires assassinés, avec leurs cadres, un mois seulement après avoir débarqué à Beyrouth.

Aussitôt, François Mitterrand se rendit sur les lieux. Il fut – comme nous tous qui perdîmes, ce jour-là, des camarades – profondément choqué. Tout « Florentin » qu’il fût, sans doute voulait-il, sincèrement, une vraie riposte. Le 16 novembre, il assurait, dans « L’Heure de Vérité », que « ce crime ne restera[it] pas impuni » et que « ceux qui ont procédé à cet attentat savent qu’ils subiront la loi d’un châtiment justifié ». Le lendemain, nos pilotes bombardaient la caserne évacuée d’une milice pro-iranienne, près de Baalbek. L’opération aurait fuité. « Choufa ! » Nos paras furent vengés par la mort d’un berger et de quelques moutons !

On ne peut comparer les enjeux moyen-orientaux de 1983 et sahéliens d’aujourd’hui. Au Liban, nous devions compter sur des adversaires de poids. Au Niger, il semblerait que la riposte puisse être plus franche, ciblée. Gageons qu’elle le sera.

« La défense d’une civilisation, des valeurs auxquelles on croit, la défense de son pays, cela vaut bien la peine d’abord de beaucoup d’amour […], d’amour de la patrie, de souci de l’effort. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place », disait François Mitterrand, ce 16 novembre 1983. Autrement-dit, défendons ce que nous sommes. Paroles ? Non, idéal de l’action. Pour la France… et l’Humanité.

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